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MessageSujet: Lac et confidences - Ft Sangha Dim 26 Aoû - 18:37
Lac et confidences
Ft. Sangha Jani

Ok, ne stresse pas…
Ne stresse pas…

- Et m…

Mon gâteau se casse en deux au moment même où je le sors du moule.
Je le regarde avec dépit. Moi qui m’étais appliquée à le faire cette fois, le voilà désormais en deux morceaux distincts sur le plat qui était censé servir pour la présentation. Des petites miettes tapissent tout le plan de travail. Je me renfrogne, en me disant qu’il doit être aussi sec que le désert du Sahara. J’avais espoir qu’il soit beau, cette fois. La pâte était bonne, en soi, le gâteau doit être bon aussi. Oui, je fais partie de ces gens qui mange la pâte à gâteau pas cuite, oui. Je picore dans les miettes pour vérifier et finalement, accompagné d’un petit thé, il devrait passer crème en fin de repas. C’est un cake à la banane et à la cannelle. Mais visiblement, le gâteau n’a pas apprécié les bananes cuites parce qu’il est maintenant ruiné niveau présentation. Bof, tant qu’il est mangeable, je ne vais pas me plaindre.
- Je viens avec toi.
- Non. J’aimerais bien un peu de tranquillité. Point à la ligne.

Epsilon se remet à bouder.
Sangha m’a invité ce soir. Ou plutôt, le pingouin de Sangha m’a invité ce soir, vu que Sangha ne va jamais dans le château. Oscar est venu me trouver en fin de journée, hier, pour me prévenir que Sangha souhaitait m’inviter à dîner le lendemain soir. Aujourd’hui, donc. J’ai directement accepté. Avant de penser à plusieurs choses.

- C’est la première fois qu’on se revoit après… M’enfin, tu vois. Tu sais comment il risque de réagir ? Est-ce que c’est un rencard ? Et est-ce que ce serait malpoli de venir sans rien ?

J’ai harcelé le pauvre canard de questions si bien que je ne sais pas s’il les a vraiment toutes comprises. Dans tous les cas, il n’a pas répondu. Mais pour être tranquille avec le dernier point, j’ai décidé de faire un gâteau. Pour le reste, Epsilon n’a pas arrêté une seconde de me harceler, si bien que j’ai décidé qu’il ne viendrait pas avec moi. J’ai tout à fait le droit d’avoir une vie sans qu’il n’empiète dedans avec ses deux pattes. Forcément, mon familier n’a pas apprécié et, depuis mon premier refus, insiste comme un lourdingue.

Je retourne dans ma chambre avec, sur un plateau entre mes mains, mes deux moitiés de gâteaux. Je me dis qu’il a au moins le mérite de sentir bon et j’espère qu’il sera encore chaud lorsque j’arriverai chez Sangha.

- Je me mets quoi ?
- Je croyais que c’était pas un rencard.
- Roh, s’il te plait… Et j’ai jamais dit ça, en plus.
- Mouais… Te casse pas la tête avec les fringues, ça te ressemble pas.

Je hausse les épaules.
Il n’a pas tort. Je saisis donc un chemisier en haut de la pile que j’accompagne du premier jean venu. Voilà, ce sera amplement suffisant. Parce que dans tous les cas, il est hors de question que je me ramène chez lui avec les fringues dans lesquels j’ai travaillé toute la journée et avec lesquels j’ai cuisiné. D’ailleurs, je vois une tache de pâte sur le col de mon haut… Sûrement arrivée là quand j’ai mangé le fond de la terrine à la petite cuillère. Bref, je me change en vitesse, tente de faire quelque chose de potable avec mes cheveux en me disant une nouvelle fois que j’aurais tout à y gagner si je les rasais, et me voilà prête.
J’ouvre la fenêtre de ma chambre à Epsilon.
- Si jamais t’as envie d’aller faire ta vie. Mais ne viens pas nous espionner.
Je le vois lever les yeux au ciel tout en allant se poser sur son perchoir.
Je soupire. Je préfère prévenir, je sais qu’il en serait capable. Je le laisse en lui faisait vaguement comprendre que je ne sais pas à quelle heure je rentrerai ce soir, afin d’être en mesure d’éviter ses questions si jamais je rentre trop tard à son goût, ce qui sera forcément le cas, soit dit en passant.

Quelques minutes plus tard, me voilà devant la porte de chez Sangha.
Je toque. Puis panique enfin.
La dernière fois, on ne s’est pas vraiment dit au revoir. On s’est juste embrassé avant de se lâcher comme des boulets. Mais du coup, je fais quoi ? Je l’embrasse ? Je lui fais la bise ? Je lui serre la main ? Non, je ne lui serre pas la main, ce serait stupide. La porte s’ouvre. Je dis la première chose qui ma passe à travers la tête.

- Hey salut ! J’ai fait un gâteau !

Et je lui montre mes deux moitiés de gâteau à la banane.

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MessageSujet: Re: Lac et confidences - Ft Sangha Dim 2 Sep - 12:10
Dans la cuisine ! Non, dans la salle de bain ! Il n'est pas là... peut-être dans la chambre alors. Ou dehors. Est-ce que j'ai bien regardé dans la cuisine. Je cours partout sans m'arrêter, mes yeux inspectant chaque coin et recoin de la pièce que je visitais pour la cinquième fois. Lorsque Oscar m'interrompit pour m'offrir son aide, et me demandai ce dont j'avais besoin, je réfléchis. Que pouvais-je être en train de chercher ? Je haussai les épaules tandis qu'un soupir de pingouin empli de mépris sifflait à travers son bec. Je pris quelques secondes pour me ressaisir. Il était vrai que depuis plusieurs heures, j'avais tendance à me laisser aller à la panique. Mais maintenant, tout allait aller mieux. Il suffisait de me calmer. Respirer lentement, profondément. Ce n'était qu'une autre soirée entre amis. Voilà, j'étais parfaitement calme.

Je crois que je devrais me tondre le crâne.

Et de me précipiter à la salle de bain pour mettre ma brillante idée à exécution. Une fois sur place pourtant, l'idée me paraissait saugrenue. Mais la seule envisageable, sans que je ne puisse expliquer pourquoi. Heureusement, toute trace d'élément coupant avait déjà disparu, grâce aux bons soins d'un familier qui commençait à connaître les conséquences de mon instabilité émotionnelle. Nous n'oublierons jamais ce cours que j'ai tenu aux élèves, affublé d'une unique moustache fine juste au-dessus de la lèvre, parce que j'avais cru avoir bu une potion mortelle le matin au petit-déjeuner et qu'il ne me restait que quelques heures à vivre. Il ne s'agissait que d'une bouteille de lait périmée dont j'avais préalablement arraché l'étiquette. Et si je n'étais pas mort, mes toilettes par contre, n'en ont réchappé que de justesse.

C'est ta faute ! Pourquoi t'es allé l'inviter !
Parce que tu me l'as demandé.
Oh ! C'est facile de commencer d'accuser tout le monde hein !

Sur la gazinière en chauffe, des éléments volaient dans un sens et dans l'autre pour préparer un repas de manière autonome. Il fallait, de temps en temps, baisser la tête pour esquiver le passage d'un fouet ou d'un couteau. Globalement pourtant, ce sortilège m'était bien utile. En gros, je cuisinais dans ma tête, et ma cuisine le faisait pour moi.

J'avais traîné au moins huit décennies devant une penderie incroyablement vide. Je ne voulais pas porter des vêtements sentant le purin et l'élève – deux odeurs assez similaires. Je ne voulais pas en faire trop en sortant l'unique costume trois pièces que je possédais. Mais je ne voulais pas non plus ressembler au pécore que j'étais. Bien que celui-ci était celui qui plaisait, je peux me permettre de le croire, à mon invitée. Bon, tant pis. Vêtements traditionnels, avec ma grande veste violette. Je ne m'attardais même pas sur ma coiffure, puisqu'on ne pouvait dompter l'indomptable. Après une heure trente de préparation, j'étais donc parfaitement identique à celui que j'étais tous les jours de toutes les semaines de toute l'année. Avec une pointe de parfum boisé dans une barbe de deux jours.

Qu'est-ce qu'on avait prévu, déjà ? Ne pas trop boire, je crois que c'était la seule règle que l'on tenait à suivre. Et c'était à peu près tout. Le reste, j'avais géré. Géré quoi ? Qu'est-ce qu'on allait faire ? Et si on s'ennuyait ensemble, une fois sobres ? Et si elle me présentait son nouveau petit ami ? Oh, pitié ! J'avais réussi malgré moi à évincer un premier zigoto, je n'avais pas le courage de lutter éternellement. Mais de toute façon, qu'est-ce qu'il y avait entre nous ? On s'était embrassés ? Je ne m'en souvenais plus. Enfin si, mais je m'étais plutôt convaincu qu'il s'agissait d'un rêve. Sinon, ça me paraissait complètement dingue. Et comment j'allais l'accueillir ? J'irais lui serrer la main. Non, trop viril. Je pourrais lui donner une tape amicale dans le dos. Ou bien la saisir avec fougue, la basculer en arrière et l'embrasser passionnément. Ou la bise. D'où venait-elle ? Deux bises ou quatre ? Certains en faisaient même trois.

Bon, un sourire devrait suffire.

Lorsqu'on toqua à la porte, je me liquéfiai sur place, au beau milieu d'une maisonnette d'où se dégageait une agréable odeur de curry. Il me fallut quelques secondes pour me ressaisir, quand Oscar fut prêt à ouvrir la porte avec la poignet à bec que je lui avais installé. Je me jetai sur lui dans une roulade suffisamment maîtrisée pour qu'on ne fasse pas trop de bruit, et le plaquai au sol pour l'empêcher de me voler la vedette.

J'ouvrais la porte après m'être épousseté et avoir repris mon souffle. Ce n'était pas elle, c'était une élève qui me demandait à voir les licornes pour un devoir de SVT. Je regardais par-dessus sa tête sans écouter un mot de ce qu'elle disait pour voir si Line arrivait tout de même.

Demain.
Quoi ?
C'est demain, le rendez-vous avec l'infirmière.
Pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt !
Pardon, monsieur ?
Pas toi, le pingouin...
Manchot.
Manchot. Je t'ai demandé pourquoi tu l'avais invitée et tout, je me suis préparé et t'as enlevé tous les ciseaux de la salle de bain !
On parlait pas de l'élève ?
Mais on s'en fout de l'élève !
Je suis là, hein...

Je lui lançai un regard noir, lui claquai la porte au nez et partis bouder dans mon canapé.

Reprenons donc.

Elle est là, simple et jolie comme à son habitude, et sa simple vue dessine, je le sentais très bien, un sourire idiot sur mon visage. Je faisais réchauffer le curry et étais présenté exactement de la même façon que la veille, ne me faites pas répéter.

Hey salut ! J’ai fait un gâteau !

Je suis impressionné et honteux à la fois. Elle est à l'aise, elle. Elle n'a pas peur de ce qu'on devrait ou ne devrait pas faire. Elle agit spontanément et reste la même. Je devrais essayer de faire pareil. Son gâteau est moche, je le sais. Et pourtant, il m'apparaît comme le plus beau cadeau qu'on m'eut jamais fait – à une exception près. Je souris de plus bel, et décidai d'agir moi aussi le plus naturellement possible. Même si cela réclamait des efforts surhumains.

Fallait pas ! répondis-je alors qu'on s'était sans doute mis d'accord pour savoir qui s'occuper du dessert. Je vais le prendre, attend. Ce que je fis pour lui décharger les mains. Entre, fais comme chez toi ! T'as pas emmené Epsilon ? Merde, elle voulait qu'on soit que tous les deux, et Oscar commençait déjà à vouloir lui prendre son manteau. Haha ouais ! Oscar allait partir aussi !
Ah bon ? cet idiot avait répondu ouvertement.  
C'est ce soir ! Tu sais la soirée... baignade et pêche des euh... familiers aquatiques... C'est euh... la loutre qui a... organisé ça.
Ah. J'ai du oublier. Bon alors je vais la chercher. Le plateau apéro est sur la fenêtre, tu avais oublié de le préparer. Bonne soirée.

Je le regardais sortir de la maison et essayais de m'ôter cette voix éraillée, monocorde et perdue de ma tête. Je culpabilisais un peu de le chasser ainsi. C'était néanmoins nécessaire, sinon Line aurait pu mal prendre le fait que je garde mon familier près de nous alors qu'elle s'était débarrassée du sien. Mais voilà, nous n'étions plus que tous les deux.

Et maintenant, je fais quoi ?
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MessageSujet: Re: Lac et confidences - Ft Sangha Dim 9 Sep - 15:41
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Bordel…
Mon malaise doit se voir à trois kilomètres aux alentours, avec mon sourire crispé sur ma face et mes bouffées de chaleur monstrueuses. Et je dois avoir l’air bien fine avec mon gâteau coupé en deux duquel s’échappent encore quelques miettes volantes. Le pire, c’est que je le tends à bout de bras et en parle comme je pouvais être fière de mon dessert. Alors que, vu sa tête, ce n’est clairement pas le cas. J’ai limite honte d’avoir apporter cette chose alors que je sens une bonne odeur de curry s’échapper de la maison de Sangha. Génial, il est tombé sur la seule fille qui fait la cuisine comme ses pieds. Voire même avec ses pieds vu la tronche que tirent ses plats.

- Fallait pas ! Je vais le prendre, attend.

Il me prend mon dessert des mains, visiblement très à l’aise, lui.
Je me retiens de ne pas bouder en gardant mon dessert pour moi, honteuse de ne pas avoir réussi à faire un simple gâteau. Puis je me ressaisis. Ce n’est qu’un gâteau après tout. Ce n’est pas la fin du monde. Et ce n’est pas comme si j’avais si mal cuisiné que mon plat risquait de devenir toxique. Enfin, je ne crois pas… La cannelle peut être dangereux mais je n’en ai pas mis six pots, donc ça devrait bien se passer ! Comment ça, j’imagine toujours les pires scénarii ?

- Entre, fais comme chez toi ! T'as pas emmené Epsilon ?
- Non. Il aurait été chiant.

Je me sens beaucoup mieux d’un coup.
Et ce n’est pas parce que j’ai craché sur Epsilon. Quelle idée.
Je suis juste plus à l’aise, voilà tout. Enfin, presque. Difficile d’être à l’aise quand un pingouin cherche à me prendre ma veste avec insistance, comme si on vivait encore au XIX° siècle. J’espère que si Oscar reste, il ne va pas me tirer la chaise ou je ne sais quoi.
D’ailleurs, j’aurais pensé qu’il ne serait pas là.

- Haha ouais ! Oscar allait partir aussi !
- Ah bon ?

Visiblement, ce n’était pas prévu dans son programme.

- C'est ce soir ! Tu sais la soirée... baignade et pêche des euh... familiers aquatiques... C'est euh... la loutre qui a... organisé ça.

Je me demande vaguement si Sangha parle de la loutre sociopathe ou pas. Après tout, il ne doit pas y avoir qu’une seule loutre chez les familiers à Sainte Catherine. Et elles ne peuvent pas toutes être sociopathes. Sinon, j’aurais depuis longtemps révisé mon jugement sur les loutres.
On regarde finalement Oscar le canard partir au loin, après que ce dernier nous ait précisé que le plateau des apéros se trouvait sur la fenêtre. Je zieute rapidement la fenêtre pour essayer d’apercevoir le dit-plateau et surtout pour essayer de voir s’il y a des petits toasts au saumon comme la dernière fois. Ils étaient ma foi fort bons. Je suis d’accord pour me priver d’alcool pour ce soir – hors de question de finir à nouveau bourrer comme deux adolescents – mais je dois avouer que les toasts qu’avait préparé Oscar, je voudrais bien en reprendre un peu. Je suis très friande de ce genre de petits amuse-gueules.
Une fois Oscar hors de vue, je me retourne vers la cuisine afin de voir ce qui sent si bon. La couleur jaune vif du plat me souffle qu’il s’agit de quelque chose à base de curry. J’adore le curry, même si j’ai tendance à manger cinquante kilos de pain avec. Je suis très sensible au niveau des plats épicés. D’ailleurs, j’ignore le goût que peuvent avoir les piments forts, parce que les seules fois où j’en ai mangé, j’ai été tellement brûlée que je ne sentais plus rien. Mais bref, on n’est pas là pour parler piment.

- Ça sent bon ! C’est quoi ?

Je vois juste le jaune vif des épices, pas moyen de savoir de savoir ce qu’il y a précisément dans le plat. La seule chose que je vois, c’est que ça a l’air bon.

- Ça a l’air bon, en tout cas. A côté, mon gâteau ferait presque pitié

Je ressens à nouveau un vague malaise à l’idée d’avoir amené un plat moche et peut-être mauvais alors que Sangha, lui, semble s’en sortir parfaitement derrière une cuisinière. Je me secoue. Ce n’est qu’un gâteau bordel. Et au moins, ça fera un souvenir marrant s’il est vraiment dégueu en plus d’être moche.

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MessageSujet: Re: Lac et confidences - Ft Sangha Mer 10 Oct - 10:27
Ça sent bon ! C’est quoi ?

Je restai quelques – trop longues – secondes prostré au milieu de cette unique pièce comme un imbécile. La bouche entrouverte, les yeux vitreux, les bras ballants. Comme une machine qui aurait surchauffé après un trop gros effort : celui de réfléchir au comportement à adopter en présence de la jeune femme que j'avais embrassé et qui m'avait embrassé, ou l'inverse. Tout se mélangeait à force de ressasser cette scène dans mon imagination, avec quelques fioritures. Comme une pluie d'étoiles filantes dans le ciel nocturne, et le chant des sirènes s'élevant sous nos pieds. Ou un fidèle destrier sur lequel je disparus après avoir laissé ma douce à la porte de sa chambrée. Dans les faits, les choses s'étaient passées différemment. Mais les détails importaient-ils vraiment ?

Poulet curry ! finis-je par brayer, comme une quelconque invocation à une délicieuse puissance divine ésotérique.
Ça a l’air bon, en tout cas. A côté, mon gâteau ferait presque pitié…

C'était vrai, mon plat avait l'air bon. En fait, mon plat était bon. Normalement. C'était la recette de ma maman, celle que je mangeais au moins deux fois par semaine tout au long de ma jeunesse. Je peux vous assurer que ça forge un transit intestinal en béton, ce type de régimes. Bien sûr le plat avait perdu de sa superbe, comme il se doit dans la transmission d'une recette familiale. Comme s'il manquait un ingrédient alors que ce n'était pas le cas. On sent à la fois que la recette est parfaite et que quelque chose manque. Si quelque chose me manquait à cet instant précis, je ne pouvais pas l'énoncer sans ressentir la plus infâme des culpabilités au creux du ventre. Ces odeurs me renvoyaient dans ma cuisine, en pleine campagne, dans cette voie sans issue où trônaient fièrement deux modestes maisons. La mienne, et celle d'en face. En face, quelqu'un d'autre aimait particulièrement le curry de ma mère. Je crois qu'elle était là à chaque fois que l'énorme gamelle était posée sur la table. C'était à elle qu'aurait du être destiné chaque curry que j'aurais fait au fil de ma vie.

Ce n'était qu'un bête curry... alors pourquoi avais-je la profonde impression de la trahir.

Et malgré cette culpabilité qui me rongeait – plutôt quotidienne, comme émotion – je n'avais pas l'intention de renoncer. Ni honte de prendre cette décision. Il était temps de passer à autre chose, même si en moi pleurait toujours un petit garçon. Celui qui n'avait pas grandi, car sa vie s'était arrêtée à quatorze ans, celle qu'il s'était interdit de poursuivre seul. Ce gamin que je combattais tous les jours parce qu'il refusait d'avancer. Celui qui aurait seulement voulu que tout s'arrête pour nous.

Je n'avais pas honte car Line avait ramené un gâteau. Car Line disait que ce gâteau cassé lui inspirait la pitié. Car moi, en voyant ce gâteau, je continuais de voir l'une des plus belles choses que l'on m'ait offert depuis de trop nombreuses années. Si je n'avais pas eu une baguette grossièrement taillée, mais d'une valeur inestimable à mon cœur, ce gâteau aurait pu être un excellent conducteur pour ma magie. Si l'on ne prenait en considération ni sa fragilité, ni sa future péremption.

Les discours sont longs mais les pensées sont fugaces. Il ne s'écoula que peu de secondes depuis notre dernier échange. Bien piètre échange d'ailleurs... mais pouvais-je espérer mieux, dans l'état d'intense pression dans lequel je me trouvais ? Je ne la regardai pas, me contentant d'aller prendre le plateau surprise d'Oscar, persuadé qu'une once de mélancolie pouvait encore se lire au fond de mon regard.

C'est le plat de ma mère. Spécialité Jani ! J'espère que vous- tu n'as pas de problème avec les épices. Je sais oui ! L'indien cuisine du curry, je n'aurais pas pu te proposer un meilleur cliché de ma culture que je ne connais finalement que très peu. Je posai le plateau sur la table. Quoi que... ajoutai-je les yeux au plafond, faisant mine de réfléchir. Je pourrais t'accueillir avec l'une de ces danses de Bollywood la prochaine fois.

Ne pas lui dire que plus jeune, tu adorais ces films. Ne pas lui dire. Ne pas lui dire. Ne pas lui dire.

Plus jeune, j'adorais ces films.

Et merde. Ton petit sourire en coin ne te peut pas te sauver de cette situation, mon petit coco. Oui, j'ose m'appeler « mon petit coco », pour l'occasion. Parce que j'étais vraiment en colère contre moi-même. Et quand je suis en colère, je fais des choses un peu folles. Comme m'appeler « mon petit coco ».

Je tirai une chaise autour de la table pour inviter Line à s'y asseoir, et m'assis en face, le plateau entre nous. Sans remarquer que personne n'avait rien à boire. Et toujours ce sourire débile aux lèvres. J'étais comme un petit garçon qui accueillerait le Père Noël chez lui. Avec vachement moins de barbe. Une vraie pile électrique, que j'étais. Une pile qu'on avait chargé à bloc. J'avais d'ailleurs ce fourmillement au bout des doigts.

Vous n'avez pas... euh... Tu n'as pas d'appareil hum... électrique sur toi ?

Ce n'est pas pas trop intime comme question, au moins ?
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MessageSujet: Re: Lac et confidences - Ft Sangha Dim 14 Oct - 13:51
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- Poulet curry !

Oh ! J’adore le poulet !
De manière globale, j’adore la bouffe en général. Je n’ai jamais été très difficile concernant la nourriture, chose qu’enviaient les voisins de mes parents, dont leurs enfants étaient de véritables plaies. De petits gamins brailleurs et difficiles, égoïstes comme pas permis, que je n’ai jamais pu supporter. C’étaient des humains. Je me souviens que le plus grand avait un vélo. Lorsque j’avais six ou sept ans, j’avais voulu l’essayer mais il a refusé, prétextant que de toute façon, je n’étais qu’une fille et que j’étais trop petite pour monter sur ce vélo. Le lendemain, à travers la fenêtre de ma chambre, je lui avais fait un croc-en-jambe pour me venger. Comme je n’avais pas de baguette à l’époque, j’utilisais un stylo Bic. Il est tombé de son vélo devant tous ses potes et il avait tellement honte qu’il n’est plus remonté dessus pendant des semaines. Ça lui apprendra à refuser de prêter son vélo. Et à dire que je suis petite aussi.
Personne ne me dit que je suis petite, d’abord.

- C'est le plat de ma mère. Spécialité Jani ! J'espère que vous- tu n'as pas de problème avec les épices.
- Non.

Mensonge.
Je sais parfaitement que je vais manger les neuf dixièmes du pain présent sur la table.

- Je sais oui ! L'indien cuisine du curry, je n'aurais pas pu te proposer un meilleur cliché de ma culture que je ne connais finalement que très peu.
- Mais c’est très bon le curry. Au pire, la prochaine fois, j’amènerai une choucroute !

Quitte à faire dans le cliché…
Je pourrais amener de la bière aussi. Quoi qu’on a bien vu où l’alcool nous a mené la dernière fois. Ou je pourrais amener des bretzels, ou un baeckeofe, ou des spaetzles. Ou un kugelhof pour le dessert ! Bref, que de bonnes choses au nom imprononçable typiques de ma région natale. Et que des bonnes choses pas forcément excellentes pour la tension artérielle. Entre la bière et la charcuterie, on aura vu mieux comme spécialités bonnes pour la santé, il faut dire.
Je commence à penser que j’aurais tout de même pu amener un bon vin. Parce qu’un vin, contrairement à de la bière de supermarché ou qui pétille à cause d’un sort raté, ça se déguste. Un bon Gewurztraminer pour aller avec la volaille. De toute façon, j’ai toujours été plus vin blanc que vin rouge. Et ne parlons même du rosé, que je relègue au rang de vin à barbecue tout juste bon à être bu par des gros tontons racistes aux joues rougeâtres. Des Gérard Depardieu en puissance en somme.

- Quoi que... Je pourrais t'accueillir avec l'une de ces danses de Bollywood la prochaine fois.

Ne pas imaginer la scène. Ne pas imaginer la scène. Ne pas imaginer la scène…

- Plus jeune, j'adorais ces films.
- J’en ai jamais vu. Donc, j’avoue que j’aimerais bien avoir une démonstration, la prochaine fois !

Ce serait sûrement quelque chose que je garderais graver dans mon esprit à tout jamais, et que je ressortirais de temps à autre dans l’unique but de le taquiner. Et de toute façon, c’est le genre de scène que je serais parfaitement incapable d’imaginer tant elle me semble absurde.

Je prends place sur la chaise que tire Sangha avant de commencer à zieuter avec un intérêt grandissant les petits toasts de saumon que je vois se dresser sur le plateau entre nous. Oscar a vraiment des mains de maitre pour pouvoir faire ce genre de choses ! D’autant plus qu’il n’a pas de mains, justement, mais des ailes. Mais… Comment il fait, du coup ? Mystère. Il faudra que je le regarde faire un jour pour lever le voile.

- Vous n'avez pas... euh... Tu n'as pas d'appareil hum... électrique sur toi ?
- Hum… Non.

Je finis par craquer en piochant dans le plat de petits fours, sans même me préoccuper de l’étrangeté de sa question.

- A chaque fois que je viens, Epsilon me dit de laisser mon portable dans ma chambre. Je sais pas pourquoi il raconte ça, j’aurais pensé qu’il aurait voulu que je puisse appeler les secours en cas de problème, sachant à quel point il est paranoïaque parfois…

Je lève les yeux au ciel pour marquer mon agacement à son égard.
Je me rassure en disant qu’il n’est pas là, ce soir. C’est déjà ça. Pourtant, mon instinct me souffle de regarder par la fenêtre. Le petit four à mi-chemin entre le plateau et ma bouche, je tourne la tête mais… Rien. Je me détends en mangeant mon petit four au saumon.

- J’ai ma montre à piles. J’espère que ça compte pas.

Je lui montre ma petite montre brune attachée à mon poignet gauche.

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