Curiosité scientifique. Ou déplacée. {Sofia}
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MessageSujet: Re: Curiosité scientifique. Ou déplacée. {Sofia} Mer 13 Juin - 12:30

Curiosité scientifique. Ou déplacée.Lac des Sirènes
Sofia
Eriksen
Fréderik
Bartosz
Cet attroupement de Sirènes a vraiment tout pour être effrayant : des créatures mi-humaines mi-poissons sortent de tous les côtés, encerclant leurs invités comme des prédateurs avec leurs proies. Si les regards sont curieux pour la plupart, d’autres sont mécontents. Comme dans chaque peuple, il y a chez les Sirènes une poignée d’individus considérant les rapprochements inter-espèces beaucoup trop dangereux. Malheureusement, la confiance de certains êtres est plus fragile que la toile d’une araignée et une simple brise hasardeuse suffit à la briser. Ainsi, il arrive que certains conflits éclatent. Avant que les Grandes Familles ne s’y mêlent, beaucoup de guerres claniques ont été menées. Les livres racontent que les Elfes et les Nains se sont divisés à cause de l’exploitation de certaines ressources, alors qu’ils œuvraient main dans la main autrefois. Dans le monde actuel, plus violent et plus rigide, il suffit de rien pour créer des tensions. Si les Grandes Familles veillent au grain, Sofia n’est pas convaincue par leurs méthodes. Ils préfèrent l’efficacité à la diplomatie, poussant certaines espèces à disparaître et mener leurs existences loin de tout.

D’ailleurs, par le passé, les Sirènes ont causé beaucoup de souci aux Magiciens. Friandes de viande humaine, elles usaient de leurs voix ensorcelantes pour pousser les matelots à se jeter à l’eau et à se noyer. Chose que ne pouvait tolérer les protecteurs de l’espèce humaine. Ainsi, ils ont posé un ultimatum aux Sirènes : soit elles cessaient, soit ils les rendaient muettes à jamais. Pour des êtres de la musique, se retrouver privés de leur voix n’était pas envisageable. Alors les Sirènes se sont forcées à adopter un nouveau régime alimentaire. D’après les archives, cette transition ne fut pas des plus simples et la population de Sirènes diminua d’un tiers un an après la menace des Magiciens. Si les Sirènes actuelles ne mangent désormais plus que poissons et algues, elles sont bien moins nombreuses qu’autrefois. Certains peuples ont ainsi développé une réelle peur des Magiciens, les poussant à s’installer au plus profond des mers et des océans. D’autres ont choisi stratégiquement de devenir des amis proches des Magiciens, comme les Sirènes de Copenhague - bien que, depuis, cette amitié a éclot en une relation sincère.

De ce fait, Sofia ne se sent pas particulièrement menacée par les Sirènes l’encerclant. Elle connaît suffisamment leur Matriarche pour être sûre de n’avoir rien à craindre. Frédérik par contre … Il risque bien plus. Et que Sofia l’accompagne ne change rien à la donne. La magicienne espère donc sincèrement qu’il ne fasse aucun faux-pas. Elle doute que les Sirènes se jettent sur lui pour le réduire en charpie mais elles seraient capables de percer sa bulle et s’amuser de sa remontée inutile jusqu’à la surface - ils sont bien trop loin sous l’eau pour y survivre. Silencieuse, Sofia assiste donc à l’échange. Frédérik est poli, comme à son habitude. Est-il tendu ? La magicienne trouve les muscles de ses épaules bien tendus. Ce qu’elle comprend parfaitement, il est bien loin de son petit bureau bien rangé, bien loin de sa zone de confort. Pourtant, il s’en sort plutôt bien. Jusque là, il suit les conseils de Sofia à la lettre. L’expression d’Antarrha ne change certes pas mais la danoise la trouve un peu plus détendue. Comme rassurée … et flattée.

Et là, c’est le drame.

Je suis parfaitement conscient des dangers pour vous. Si les résultats s'avèrent concluants, je ne peux pas vous assurer de votre tranquillité.

Pourquoi diable a-t-il fallu qu'il dise cela ?! Certes, Sofia lui a dit d'être franc, mais il pouvait s'abstenir d'un tel commentaire. Les Sirènes, paniquées, s'échangent des regards effrayés. Certaines, même, se hâtent d'aller s'enfermer chez elles, terrifiées. Seule Antarrha n'a pas bougé d'un iota. Ses yeux perçants ne lâchent pas Frédérik et, pendant une demi-seconde, Sofia craint qu'elle ne lui plante son trident dans le ventre. Mais la Matriarche ne se départi pas de son calme et, à la surprise générale, l'ombre d'un sourire vient fleurir sur ses lèvres bleues. Au final, il semblerait que l'honnêteté à toute épreuve du professeur de potion ait joué en sa faveur. Antarrha glisse alors un regard à l'une de ses suivantes qui comprend aussitôt l'ordre silencieux et disparaît au milieu de ses congénères. Ne préférant pas intervenir, Sofia se contente d'attendre la suite des événements. La jeune suivante revient finalement auprès de la Matriarche pour lui tendre une minuscule fiole pendue à une chaîne argentée. Antarrha semble l'observer quelques instants, avant de s'approcher lentement de Frédérik. Le souffle court, Sofia hésite à se rapprocher de son collègue, histoire de se dresser entre lui et la Sirène en cas de pépin, mais elle n'en a pas besoin, puisque la créature aquatique se contente de passer la chaîne autour du cou de Frédérik.

Cette fiole contient trois Larmes. Faites-en bon usage, ce sont les seules que vous obtiendrez de nous.

Sur ces mots, la Matriarche recule, salue Sofia d'un mouvement de la tête puis disparaît au milieu de son peuple. Hébétée, la magicienne met quelques secondes à réaliser ce qu'il vient de se passer. Malgré sa plaidoirie bancale, son collègue a obtenu gain de cause ?! Elle ne l'aurait jamais cru. Cependant, il n'a obtenu que trois Larmes. Il a plutôt intérêt à ne pas se louper pendant son étude, car cela ne représente pas grand chose. D'autant plus qu'il est prévenu : ce sont les premières et les dernières. En tout cas, ils n'ont plus rien à faire ici. Ils feraient mieux de remonter à la surface rapidement, d'autant plus que Sofia sent que sa transformation ne tardera pas à disparaître. Alors elle se hâte de saluer les Sirènes avant de faire demi-tour pour retrouver la surface. Une fois suffisamment éloignée du village aquatique, elle s'adresse à Frédérik :

Honnêtement, j'ai bien cru que les Sirènes allaient vous réduire en charpie. Votre instinct de survie est moins développé que ce que je pensais.

Revenons à la surface, sur la barque. Comme Eyla s'y attendait, Derrick est surprise par sa demande. Il y a de quoi, après tout, lorsque l'on connaît l'énergumène qui lui sert de Magicien. Et le portrait que le basset dresse de lui à de quoi effrayer n'importe qui. Mais cela ne semble pas vraiment perturber Eyla. Après tout, Jonas, l'ex-mari de Sofia, n'était pas franchement mieux. Il ne vivait que pour ses découvertes archéologiques et lorsqu'il revenait de ses voyages, il se contentait de partager son lit sans autre forme de procédé. Heureusement, la danoise s'est rapidement libérée de cette relation toxique mais cela se solda tout de même par la naissance d'un enfant. Si Sofia ne regrette pas le moins du monde d'avoir donné naissance à Milla, l'enfant a cependant toujours représenté un véritable frein pour de futures nouvelles relations. Les hommes qu'elle rencontrait refusaient de s'embarrasser d'un enfant qui n'était pas le leur et mettaient un terme à leur rendez-vous sans perdre de temps. Bien sûr si l'on demande à Sofia si elle préfère sa fille à un homme, elle répondra forcément sa fille, parce qu'elle préfère de loin être malheureuse en amour que privée de son enfant. Mais Milla grandit et arrivera le jour où, fatalement, elle volera de ses propres ailes, laissant sa mère seule. Comme la plupart des mères, il arrive à Sofia d'oublier qu'elle est une femme avant d'être une maman. Mais allez donc lui faire comprendre cela.

Bien sûr, Eyla ne saurait dire si ces deux-là sont fait l'un pour l'autre. Il est vrai qu'à les regarder, ils semblent être le jour et la nuit. Pourtant, elle ne peut combattre cette impression qu'ils sont fait pour s'entendre. Peut-être pas pour s'aimer, certes, mais au moins pour nouer une belle amitié. Elle est persuadée que Sofia peut apporter à Frédérik et inversement. C'est pour cela que leur différence de caractère est si intéressante. Eyla connaît la danoise sur le bout des pattes et elle sait que, parfois, elle a besoin que l'on se confronte à elle, qu'on lui impose une vision des choses différentes. Chez les Eriksen, les habitudes veulent qu'ils hochent la tête à tout sans définir de limite. Ce qui n'est pas forcément une bonne chose aux yeux d'Eyla. Elle a donc la certitude qu'en fréquentant Frédérik, Sofia pourrait apprendre de bonnes leçons – et vice-versa. Monsieur balai-dans-le-cul pourrait peut-être se décoincer un peu au contact d'une femme aussi vivante que la danoise. Bien sûr, ni l'un ni l'autre ne changeront du tout au tout – on ne chasse pas le naturel si facilement. Mais Eyla ne doute pas de l'alchimie qui peut naître de leur fréquentation – amoureuse ou tout simplement amicale.

Je pense qu'ils pourraient l'un comme l'autre se tirer vers le haut. Certes, il est peut-être un peu présomptueux de ma part de penser qu'ils pourraient être ensembles, je me suis laissée emporter par mes désirs. Mais si tu veux mon avis, ils peuvent réaliser de grandes choses ensembles. N'est-ce pas déjà un exploit que Sofia parvienne à le convaincre de se mettre à l'eau ?

A l'instant même où Eyla prononce ces mots, les magiciens émergent à la surface de l'eau. Curieuse, elle se hâte d'aller jeter un œil par dessus la barque. Ses yeux félins repèrent tout de suite la fiole puis le sourire triomphant de Sofia. Aussitôt, l'esprit-dragon se tourne vers Derrick.

Vous voyez ? Ils ont réussi. Une fine équipe, ces deux-là.


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MessageSujet: Re: Curiosité scientifique. Ou déplacée. {Sofia} Jeu 14 Juin - 21:44
dans lequel un gars a validé sa quête

Plouf. C'était le son du pavé dans la mare que Bartosz venait de lancer avec la dextérité d'un discobole. C'était aussi le bruit de son magnifique projet tombant à l'eau suite à un excès de franchise désarmant. Frédérik ne comprenait pas les réactions offusquées des Sirènes autour de lui. A son sens, il n'avait fait qu'énoncer une vérité, un simple fait parfaitement objectif auquel chaque représentant du peuple aurait pu songer spontanément. Il demeura impassible, constatant que la Matriarche en face de lui adoptait une attitude similaire.

Elle le dévisageait, il restait impavide sous son regard inquisiteur, s'impatientant d'une réponse. Après tout, elle n'avait qu'à prononcer un oui ou un non, rien qui ne nécessitait un suspense aussi disproportionné. Frédérik avait la furieuse envie de croiser les bras, mais Derrick ne cessait de lui répéter en boucle qu'une telle attitude revenait à se fermer à la conversation. Il se contraignit donc à rester immobile, sentant ses dernières réserves journalières de patience lentement s'évaporer. Tout ce qu'il désirait, c'était une réponse nette. Il ne parvenait pas à interpréter ce silence pesant. Discrètement, il jeta un coup d'œil à Sofia, comme pour chercher en elle une traductrice de ce langage invisible insaisissable.

Lorsque la suivante revint, ses sourcils se froncèrent. Il vit la Matriarche se saisir de la fiole, ce qui contribua à son incompréhension. Cette fiole, se pouvait-il qu'il s'agisse de l'objet de sa quête ... ? Il plissa les yeux, désireux de découvrir la réponse, presque excité à l'idée de la connaître. Impossible. Il n'arrivait pas à le croire. Et pourtant, lorsque la femme lui passa la chaîne autour du cou, il dut se rendre à l'évidence : il avait désormais en sa possession d'authentiques larmes de sirènes, un composé aux vertus inconnues, véritable fantasme pour ses pairs. Le geste lui coupa le sifflet.

Abasourdi, il porta sa main à la fiole comme pour vérifier qu'il ne venait pas de rêver toute la scène. Il cligna des yeux, incapable de faire face à sa sidération. Trois larmes. Une quantité infinitésimale qui lui appartenait de magnifier. Un présent aussi inestimable qu'inexplicable. Un brin stupéfié, le stoïque Frédérik bredouilla des remerciements à la Matriarche avant qu'elle ne s'éclipse, les laissant comme deux pékins au beau milieu du village. De nouveau, il se retourna vers Sofia, toujours à la recherche d'une quelconque explication rationnelle à ce qu'il venait de se produire. Visiblement, elle semblait dans le même état de whatthefuckisme que lui. Tandis qu'elle saluait les Sirènes, il contemplait la fiole sous toutes ses coutures, toujours incertain de son existence. La vache.

A la sortie du village, Eriksen formula ce qu'il commençait à penser lui-même.

« Moins développé ? Inexistant plutôt. Je n'en reviens pas. Si vous avez une explication à ce qu'il vient de se passer, n'hésitez pas. »

Parce qu'il ne parvenait pas à déterminer de quoi sa réussite tenait. A la présence d'Eriksen, probablement. Il ne voyait pas d'autre explication possible à vrai dire et le surréalisme de leur entrevue alentissait son esprit, l'empêchant de reconstituer le puzzle. Trois larmes. Cette quantité pouvait sembler dérisoire, mais elle était largement suffisante pour une personne aussi méticuleuse que lui. Derrick n'allait pas en revenir. Il n'était pas au courant que Derrick n'en revenait déjà pas, mais pour une autre raison.

Le basset constata avec plaisir que l'esprit dragon ne s'était pas braqué devant sa description chaotique mais véridique de son partenaire. Il ne fallait pas grand chose pour le convaincre de toute manière ; il avait toujours rêvé de jouer les entremetteurs pour caser Frédérik. Alors, constater qu'Eyla n'avait pas été refroidie le plongea dans une joie intense. Sa prudence se volatilisa comme par enchantement face à l'excitation de la mise en place de ce grand projet. Il avait tellement hâte. Tellement. Son petit esprit tordu commençait déjà à s'agiter, créant des dizaines de scénarios dignes des pires comédies romantiques au point que même une fanfiction n'aurait réussi l'exploit de rivaliser en matière de mauvais goût. Il allait faire part à Eyla de son enthousiasme pour débuter la conspiration lorsque le familier attira son attention sur le duo.

Dubitatif malgré son optimisme coutumier, Derrick se sentait perplexe concernant l'issu de la quête. Quand sa partenaire de crime évoqua la réussite, il fallut quelques précieuses secondes à Derrick pour assimiler l'information. Une réussite, vraiment ? Surpris puis ravi, Derrick se précipita vers le bord de la barque pour fêter dignement le retour victorieux de son aventurier du dimanche. Sa queue battait tellement qu'on aurait dit les pals d'un hélicoptère prêt au décollage. Pour tout avouer, il ne savait pas vraiment ce qui le ravissait le plus : jouer les entremetteurs ou voir Frédérik parvenir à son but.

« Opération Love is in the Air lancée. Il nous faut un plan. » finit par conclure le basset pour donner son assentiment avant que les deux humains ne soient trop proches.

Frédérik se hissa sur la barque non sans peine. L'embarcation tangua dangereusement, menaçant de se retourner, avant que l'homme trouve son équilibre. Avec un soupir de contentement, le magicien s'installa sur le banc, dégoulinant. Heureusement, ses affaires étaient près de Derrick, au bout de la barque. D'un geste, il plaqua ses cheveux mouillés en arrière. La bulle avait éclaté lors de sa sortie de l'eau.

Alors ? Alors ? Alors ? Alors ?

Pour toute réponse, Frédérik se contenta d'agiter le flacon avec un sourire franc quoiqu'un brin timide. Derrick aboya de satisfaction, autant pour célébrer le succès du professeur que l'apparition furtive d'un sourire. Ce dernier fixait le flacon avec intensité. Finalement, ses instructions s'étaient avérées superflues, il n'avait pas eu besoin de Derrick. Comme d'habitude. Il pencha doucement la fiole. Le liquide nitide glissa lentement devant son regard avide. Il ne pensait plus à son apparence, à leur expédition, ou aux divers désagréments qui l'avaient accompagné durant tout le périple ; son esprit errait à la recherche du protocole adéquat, complètement absorbé par la formidable tâche qui l'attendait.

« Je ne sais pas comment vous remercier. »

Il s'adressait à Sofia, un peu absent malgré tout. Simple formule rhétorique : il savait précisément comment la remercier. Ou, tout du moins, il connaissait parfaitement ce que la politesse exigeait de lui en guise de remerciements.

Tu crois qu'elle aime quoi, comme genre de fleurs ?
Euh. Je sais pas.


Derrick sentit le vent tourner. Il sollicita discrètement à Eyla.

On part bien, il veut lui offrir des fleurs pour la remercier. C'est quoi ses fleurs préférées ?

Ensuite, il ne resterait plus qu'à Frédérik qu'à se terrer dans le laboratoire pour ne plus en ressortir avant d'avoir percé tous les secrets de son bien le plus précieux. Ah, oui, et donner cours aussi ... C'était quand, son prochain cours déjà ?

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MessageSujet: Re: Curiosité scientifique. Ou déplacée. {Sofia} Mar 19 Juin - 11:25

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Encore abasourdie, Sofia n'a de cesse de jeter des regards par dessus son épaule, comme si elle craignait une attaque en traître après ce présent inattendu. La Magicienne connaît très bien les Sirènes, elle sait qu'elles sont parfois imprévisibles mais … mais non, elle ne parvient pas à se faire à l'idée que Antarrha ait si facilement cédé des Larmes à Frédérik. Alors elle est un peu inquiète et veille sur leurs arrières avec une paranoïa qui ne lui ressemble pas. En temps normal, elle témoigne une confiance aveugle aux Sirènes mais la situation est tellement … particulière qu'elle ne sait comment l'aborder. C'est pourquoi elle est si pressée de rejoindre la surface. Antarrha est son amie, certes, mais cela ne signifie pas que l'intégralité de son peuple l'apprécie. Et si certaines Sirènes lui reprochaient ce cadeau bien trop généreux ? Et si elles tentaient de remettre la main sur ce trésor inestimable ? La gorge nouée, Sofia a hâte de retrouver la terre ferme, pour la toute première fois de sa vie depuis qu'elle côtoie les Sirènes. Elle compte bien revenir discuter avec Antarrha de tout cela mais d'abord, elle va laisser quelques jours s'enchaîner, histoire que les esprits les plus brûlants aient le temps de s'apaiser. La danoise ne compte pas prendre de risque inutile, autant laisser le temps apaiser les tensions.

En tout cas, Frédérik est ravi. C'est d'ailleurs la première fois que Sofia voit autant d'émotion sur son visage. C'est peut-être un petit peu cliché de le dire mais, à cette instant, il correspond parfaitement à la description du petit nerd ayant mit la main sur un nouveau sujet d'étude beaucoup trop passionnant. Certes, certains diront que cela correspond tout à fait au professeur de potion mais Sofia est bien plus habitué à l'homme stoïque, maniaque et dépourvu de la moindre émotion. Le voir ainsi ravi et perturbé, ce n'est certainement pas donné à tout le monde. Et quelque part, Sofia est fière d'y avoir participé. Bon, elle s'est contentée de provoquer une rencontre entre le polonais et les Sirènes, mais chaque action, à son échelle, compte après tout. En tout cas, lui aussi est abasourdi, nous pouvons même dire qu'il semble vraiment sur le cul. Lui non plus ne s'attendait pas à une telle finalité. Antarrha a vraiment fait d'une pierre deux coups, plongeant les deux professeurs dans une incompréhension totale mais ravie. Ce qui compte, au final, c'est qu'ils ont pu obtenir ce qu'ils désiraient. Et ils ont de quoi se féliciter.

Enfin, les voilà qui percent la surface. Sur la barque, Eyla les regarde arriver sans la moindre émotion – par contre, dans son esprit, c'est la fiesta du samedi soir. Pour dire les choses honnêtement, jamais elle n'aurait pensé qu'ils réussiraient. Elle côtoie Sofia et donc les Sirènes depuis de très nombreuses années et connaît très bien le peuple aquatique. Céder des Larmes à un inconnu – un homme de sciences, de surcroît – relevait de l'impossible. Et pourtant, ses yeux félins ont tout de suite remarqué la fiole pendouillant au cou du polonais. Par quel miracle ont-ils réussi, elle ne saurait le dire. Néanmoins, cela prouve qu'ils forment un duo des plus efficaces. Ou que les Sirènes étaient dans leurs bons jours. Mouai, restons sur la première hypothèse, ça l'arrange plus. Derrick vient rapidement l'imiter, se penchant au dessus de l'eau pour observer leur duo gagnant s'avancer vers l'embarcation. Sa queue bat tellement fort que Eyla sent un courant d'air remuer ses poils. Elle ferait bien une réflexion mais elle se compte en faire son partenaire de crime, elle ne doit pas se le mettre à dos. D'autant plus que c'est avec une certaine excitation qu'il lance l'opération Love is in the Air. Mission acceptée, lieutenant.

Tandis que Frédérik se hisse dans la barque, trempé jusqu'aux os, Sofia reste dans l'eau. Sa transformation durera encore quelques minutes, le temps qu'elle regagne la rive. Alors elle se contente de s'appuyer légèrement sur l'embarcation, les bras croisés, la tête reposant sur ses poignets. Elle voit l'ombre d'un sourire fleurir sur les lèvres de son collègue tandis qu'il agite doucement la fiole devant un Derrick heureux comme jamais. Ah, quand elle dira ça à Charlie ! « Je suis allée dans le lac des Sirènes avec monsieur Bartosz en caleçon et je l'ai vu sourire ». La psychologue n'en croira pas ses oreilles, c'est certain. Enfin bref, avant de penser à cela, le mieux serait de regagner la terre ferme. Sofia sent la fatigue s'abattre doucement sur elle et elle a encore des cours à mener cette après-midi. Mine de rien, l'heure tourne et s'ils ne veulent pas qu'on les retrouvent ainsi, ils feraient mieux de mettre les voiles. Imaginez un peu quelles rumeurs naîtraient de la constatation suivante : Bartosz en caleçon, Eriksen à moitié nue, tous deux sur une barque au milieu du Lac des Sirènes. Finalement non, n'imaginez rien. C'est bien trop gênant.

Je ne sais pas comment vous remercier.

Sofia relève la tête, un peu surprise. La remercier ? Au final, elle n'a pas fait grand chose. Certes, peut-être que sa présence à participer mais c'est bien lui qui a fait tout le travail. Cependant, la danoise ne va pas rater cette occasion d'obtenir un petit quelque chose de son collègue. Évidemment, elle ne l'a pas aidé dans le seul but de se faire offrir quoi que ce soit, mais disons qu'il serait bête de décliner une quelconque offrande de sa part. Et tandis qu'elle réfléchit, Eyla reçoit la requête de Derrick. Ses fleurs préférées ? Voilà une excellente question. Si Sofia, comme la plupart des femmes, apprécie un beau bouquet, l'esprit-dragon ne saurait dire quelles fleurs elle préfère. D'autant plus que, la plupart du temps, ses vases sont remplies de fleurs cueillies par Milla, dans une composition étrange et grotesque. Mais à entendre Sofia, ce sont toujours les plus beaux bouquets qu'elle reçoit. L'amour d'une mère pour son enfant est encore une chose avec laquelle Eyla a du mal. Bref, elle a beau fouillé ses souvenirs, rien ne lui revient en mémoire. Si ce n'est les bouquets de Jonas, l'ex-mari de la danoise, essentiellement constitués de roses jaunes. D'après le langage des fleurs – oui, Eyla le connaît, car Sofia l'a apprit avec sa petite sœur Elise il y a de nombreuses années – cela signifie l'infidélité et réclame le pardon. Or donc, évitons cela. Et partons plutôt sur …

Sofia n'a pas vraiment de fleurs favorites mais elle est très sensible à leur langage. Je lui conseille donc un bouquet de campanules, qui exprime la gratitude. A moins que tu veuilles en profiter pour mettre en place la première phase de notre plan et que je te propose des fleurs aux significations plus romantiques ?

Gerbera, glycine, lilas, lys, myosotis, œillet blanc, orchidée blanche ou rose et même la célèbre rose rouge font parti de ces nombreuses fleurs exprimant l'amour ou l'affection. Bon, ce serait peut-être un peu précipité de partir directement sur des fleurs aux significations si fortes, mais il est peu probable que Frédérik les connaisse et, si tout va bien, Sofia considérera ses choix comme parfaitement innocents. Il est vrai qu'on imagine plutôt mal quelqu'un comme Bartosz connaître le langage des fleurs – quoi qu'il peut surprendre, c'est un homme de sciences après tout. Cependant, échappant totalement à l'échange entre les familiers, la danoise a trouvé une petite idée de son côté. Tout en poussant doucement la barque pour la diriger jusqu'à la rive, elle prend un air tout à fait innocent, fait mine de réfléchir puis s'adresse à Frédérik :

J'ai entendu dire qu'il y avait d'excellents restaurants à Malnans, minaude-t-elle.
Elle adore la cuisine thaïlandaise, fit aussitôt Eyla dans l'esprit de Derrick.

Un restaurant et un bouquet ? Tout cela ressemble bien trop à un rencard. Et cette idée plaît plutôt bien à Eyla, qui jette un regard complice en direction de Derrick. Leur entreprise semble s'effectuer sous de très bons auspices. Il ne reste qu'à espérer que Sofia comme Frédérik ne fasse pas tout tomber à l'eau !

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