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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Ven 25 Mai - 11:55
Où il est question
de discourir

Gabriel
Strogoï

… et il me respecte et je l'aime bien et il est gentil et...
Ca va Oscar, j'ai compris. Quelqu'un pour une fois dans ta vie t'a montré un signe de respect en te vouvoyant, ce n'est pas une raison pour déblatérer tout ton amour pour ce garçon dans ma tête. Le moment est très mal choisi.

La timidité maladive de Gabriel, qui l'avait poussé à employer un ton très respectueux en s'adressant à mon crétin de familier, avait eu au moins cet effet positif : Oscar en était immensément  enorgueilli. Il laissait couler dans mon esprit aux portes de la mort toutes les qualités de Gabriel et de l'amitié fraternelle qui semblait les unir, ainsi apparue d'une seconde à l'autre. C'est qu'il en fallait très peu à cet oiseau pour s'imaginer tout un tas de choses. Je posais cela sur le compte du vide qui encombrait son petit crâne, mais d'aucuns rejetaient la faute sur moi, et sur mon manque d'attention à son égard.

Alors c'est le torse bombé et d'une démarche emplie de fierté qu'Oscar montre où sont cachés les ingrédients à potions, et avec une dextérité qu'on ne lui soupçonnerait jamais qu'il lui fournit tout le matériel nécessaire. Puis de s’affairer à lui préparer le thé de sa vie. Je m'attendais presque à ce qu'il le lui offre dans une tasse « amis pour la vie ». Fort heureusement, je n'en possédais aucune de la sorte. Lui déposant devant lui sa tasse, il le fixait d'un œil semblable à tout autre. Mais je savais que son intention était différente : s'il le pouvait, il afficherait le plus béat des sourires. A la place, il avait juste l'air idiot. A moins que tout ceci ne se soit passé dans le sens inverse. Je ne savais plus. Mon rapport à la réalité devenait extrêmement fragile. C'était comme si je me forçais à regarder un film en pleine nuit, entre l'envie d'en découvrir la suite et le besoin de dormir paisiblement.

Je m'attendais, bien sûr, à ce que le jeune homme ne se livre pas aussi facilement que la manière dont je lui avais demandé de le faire. Mais de là à devoir lui tirer les vers du nez... Je n'en avais pas le courage, et j'avais comme l'impression que sans aucun de mes efforts, il m'aurait été impossible d'en extraire quoi que ce fut. Il parvint à prononcer, après d'interminables secondes, une unique phrase qui le mit en larmes.

Je n'ai pas besoin d'en parler. Je sais très bien que … je suis un monstre.

En fait, c'était deux courtes phrases, ce qui revenait au même. C'était triste – bien que sur le moment, je me suis surtout demandé dans combien de temps j'allais avoir ma potion pour survivre si la préparation commençait aussi mal. C'était triste de voir un adolescent aussi désemparé. Il me rappelait vaguement quelqu'un, en ôtant la blondeur du cheveu et les lunettes sur le nez. Un adolescent qui détestait tout ce qui faisait de lui une aberration de la nature.

Oui, prononçai-je d'abord, loin de toute parole de réconfort que j'avais eu en tête la fraction de seconde précédente. Tu es un monstre, comme la moitié des élèves et des professeurs de cette école. Être un monstre, ça ne veut pas forcément dire être mauvais. Les manticores sont des monstres, parce qu'ils choisissent de l'être. Rien ne les oblige à être aussi agressifs et sanglants, pourtant ils le sont. J'en sais quelque chose, une fois je suis allé récupérer Oscar qui était parvenu à intégrer une meute de manticores sans qu'on ne sache jamais comment.

Malgré le flot de paroles qui sortaient de mes lèvres, mon menton côtoyait dangereusement mon torse à mesure qui ma tête lourde basculait en avant, et que les mots se fassent de moins en moins articulés. Je me réveillai en sursautant dans mon canapé.

Hein ? J'en étais où ? Ouais. Les sorciers sont des monstres. Parce qu'on les a contraints à en être. C'est un peu comme... être handicapé. Est-ce que je viens de dire que les handicapés sont des monstres, c'est possible. Oublie ça, je suis mourant. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut vivre avec. Tu es une victime, ce n'est pas à toi de t'inquiéter et de culpabiliser.

C'était plutôt au directeur de culpabiliser d'intégrer un tel danger dans l'école. Pourquoi je pensais comme ça, moi ? Ca ne me ressemblait pas. Et j'étais particulièrement mal placé pour faire une telle remarque. Merde alors, j'avais sacrément besoin de dormir. Mais si je dormais maintenant, je mourrais. Et je laisserais un élève en sanglot tout seul avec un familier qui s'est découvert un amour inconditionnel pour lui. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Est-ce qu'il était en train de lui tendre un sachet de marshmallows ? Mes marshmallows ! Espèce de sale petit... nom d'oiseau !

Crois-moi... je m'y connais dans le genre impossibilité de se mêler aux autres. Je ne suis pas là que par plaisir. Mais tu trouveras ta place un jour. C'est long. C'est difficile. Mais ça arrive. Et tu n'es pas tout seul pour y arriver.

S'il me rétorquait que si – car c'est ce que rétorque tout adolescent en pleine crise existentielle – je me vexerais sauvagement. Je conclus la tirade par une synthèse qui mettait en avant le point essentiel de ce que j'essayais de dire.

Je parle trop, c'est ça ?

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 13 Juin - 11:14

Don't feed the fear
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Si nous t'avions dit qu'un pingouin était capable d'une telle dextérité, jamais tu ne l'aurais cru. Non content de te prêter main forte – ou aile forte ? - Oscar désigne les tiroirs et les placards où tu peux trouver tout ce dont tu as besoin pour la potion. Il prend même la peine de t'apporter certains outils, comme s'il s'agissait d'une sainte mission. Se montre-t-il si amical parce que tu l'as vouvoyé ? Tu serais bien incapable de le dire. Tout à tes larmes, tu remarques à peine le thé qu'il dépose juste à côté de toi – d'ailleurs, comment a-t-il pu emmener cette tasse jusqu'ici ?! Si Knife regarde d'un mauvais œil ce pingouin un petit peu trop envahissant, tu lui accordes toi un regard reconnaissant. Le thé a l'air délicieux, mais tu as la gorge tellement nouée que tu n'oses même pas en prendre une gorgée. Une fois encore tu as laissé la rancœur et le désespoir prendre possession de toi. Et plutôt que te battre contre toi-même, tu préfères choisir la solution de facilité et pleurer comme un nouveau-né. Bien évidemment, ce comportement agace ton familier qui se permet de te faire la morale dans ton esprit. Tu n'écoutes pas tout, habitué aux humeurs de ta chauve-souris, mais tu perçois des mots comme « couard », « stupide » ou encore « courage ». Tu ne saurais reconstituer le puzzle, mais tu sais qu'il n'a rien de bien glorieux.

Cependant, ce que tu dis à Sangha est ce que tu penses réellement. Tu es un monstre. Un monstre assoiffé de sang, capable de tuer son meilleur ami pour contenter sa soif. Tu représentes un véritable danger pour l'école, que ce soit pour tes camarades ou le personnel en règle générale. Parce que bien que ce dernier soit au courant de ta situation, ça ne l'immunise pas contre tes crocs. La preuve en est avec Sangha. Alors oui, comme ne cesse de le répéter Knife dans ton esprit, c'est avant tout lui a incité le professeur à te faire boire son sang. Et il a accepté en pleine connaissance de cause. Jusqu'à preuve du contraire, Sangha a mit son bras dans ta bouche. Seulement, toi, plutôt que te contenter du sang perlant de la plaie que le professeur, tu as préféré planter les crocs et prélever ta « boisson » directement dans la chair. Si Knife considère cela comme un réflexe tout à fait normal, tu n'es pas spécialement de cet avis. Tu devrais pouvoir te contrôler. Ne pas te laisser aller à tes pulsions animales, meurtrières, sanglantes. Dès que la soif se fait trop intense, tu ne réponds plus du rien et tu détestes perdre ainsi le contrôle de toi-même. C'est comme si … comme si une autre personne prenait ta place et te reléguait au second plan. Comme si on te volait le volant et te poussait sur la plage arrière.

Ne t'attendant pas vraiment à une réponse de la part de ton professeur, son état se faisant de plus en plus inquiétant, tu attrapes avec appréhension le mortier et le pilon qu'Oscar a prit la peine de remplir avec quelques clous de girofles. D'une main tremblante, tu t'évertues à les réduire en poudre, réfléchissant à leurs effets – normalement, ils sont surtout réputés pour les maux de dents ou d'estomac, tu te demandes donc bien en quoi ils vont servir dans la préparation. Tu ne te poses cependant pas plus de question, te contentant de suivre aveuglément la recette. Cependant, les paroles de Sangha te coupent en plein équeutage de pissenlit.  « Oui, tu es un monstre ». Un peu bêtement, tu as cru qu'il allait te sortir le même grand discours que le commun des mortels, le très célèbre « mais non pas du tout » ou bien le « tu te trompes, tu es quelqu'un de bien ». Mais non, Sangha choisi plutôt de te faire remarquer que, dans l'école, tous les Sorciers et les Sorcières sont des monstres à leur façon. Des monstres que l'on a forcé à agir comme tels, des victimes malheureuses d'un crime commit il y a des années. Si ces mots auraient été mal perçu par d'autres, ce n'est cependant pas ton cas.

Parce que pour la première fois de ta vie, nous n'essayons pas de te mettre un foulard devant les yeux. Sangha ne contourne pas le sujet, il saute dedans à pied joint. Et l'écouter en parler comme une chose normale est la chose la plus plaisante que tu n'aies entendu depuis des années. Dans ta famille, parler de la Malédiction est un tabou. Vous en avez tous tellement honte que vous préférez vous taire, en espérant qu'en parler moins diminueraient ses effets. Mais c'est se fourvoyer. Tu en as bien conscience, et tes frères aussi. Mais c'est ainsi que sont les Strogoi. Trop fiers, trop orgueilleux pour assumer leurs peurs, leurs doutes, leurs ressentiments. Tu es le seul qui échappe à la règle, tout sensible que tu es, mais tu t'es habitué à ne pas en parler pour faire comme les autres, pour rentrer dans le moule. Et pour quoi, au final ? Ne pas assumer qui tu es, avoir peu de toi-même ? Parfois, tu te demandes si cela est propre à ta famille ou si tous les Sorciers ressentent cette même honte d'être eux-mêmes, ce sentiment qu'ils sont des victimes de leur Malédiction avant d'être eux-mêmes. Serais-tu tel que tu es sans ta Malédiction ? Tu te permets parfois d'en douter.

Je parle trop, c'est ça ?
Non vous … vous dites exactement ce qu'il faut.

Du revers de la manche, tu essuies tes joues trempées. Sur ta tête, Knife jette un coup d’œil à ton visage et s'étonne d'y voir l'ombre d'un sourire. C'est à ne plus rien y comprendre. Il y a quelques instants tu pleurais à chaudes larmes en avouant difficilement ta condition et désormais, tu souris. Le familier ne cherche cependant pas à en savoir plus, préférant migrer de ta tête jusqu'à celle de Sangha, bien décidé à tirer sur ses mèches de cheveux pour ne pas qu'il s'endorme. En effet, l'état du professeur ne fait qu'empirer, alors tu mets les bouchées doubles. Il t'a dit de lui parler, c'est ça ? Bon, c'est le moment où jamais pour lui livrer tout ce que tu as sur le cœur. Sangha est un sorcier également, après tout. Qui est mieux placer pour te comprendre qu'un semblable ? Et vu le discours qu'il vient de te tenir, tu es quasiment certain que tu ne risques rien à lâcher du leste. D'ailleurs, si ça se trouve, il aura tout oublié quand l'anémie sera passée, mais tant pis. De toute façon, c'est également pour toi que tu dois parler. Parce que tu es certain que cela te ferait le plus grand bien. Ce n'est ni ton père, ni l'un de tes frères en face de toi. Tu as le droit de te confier.

Ma famille … Ma famille est injustement accusée de descendre des vampires, tout ça parce que notre nom de famille, Strogoi, ressemble à strigoi, une créature du folklore roumain. De ce fait, il pèse sur les miens une réputation trompeuse et chimérique qu'il n'ait pas aisé de supporter.

Tu mélanges les fleurs de pissenlit avec quelques gouttes d'essence de lavande et un peu d'eau de Kappa. D'après le manuel, il faut laisser le tout infuser quelques minutes, alors tu t'occupes de réduire les griffes de rat en poudre avec les clous de girofle. Retour donc du mortier et du pilon.

Mes ancêtres ont fuit Bucarest pour s'installer en Transylvanie, à Jidvei. Cependant, notre réputation reste inchangée et nous sommes très mal vu par là-bas. De nombreux membres de ma famille ont été assassiné par des villageois apeurés. Ils n'ont pas conscience que nous avons davantage peur d'eux qu'eux ont peur de nous.

La tasse de thé posée juste à côté de toi te donne soudain bien envie. Alors pendant que le mélange fini d'infuser, tu te permets d'en prendre une petite gorgée. Bien sûr, il a un peu refroidi mais il demeure très bon. Quant aux marshmallows proposés par Oscar … C'est peut-être un petit peu trop tôt pour ça. Tu doutes que ton estomac accepte plus que ce thé pour l'heure. Tu le remercies cependant d'un regard tandis que, perché sur le crâne de Sangha, Knife se permet d'insulter sauvagement ce pingouin trop amical pour être sincère.

C'est ça, ma Malédiction … Enfin, la cause. J'ai toujours eu peur que … que j'étais vraiment ce que l'on m'accuse d'être. Alors … alors quand ma Malédiction s'active, c'est ce qu'il se passe. Je suis victime de soif de sang incontrôlables. Si je ne bois pas rapidement, ma gorge me fait tellement mal que je pourrai en mourir. J'ai … j'ai sincèrement cru y passer, tout à l'heure.

Tu retires les pissenlits du mélange aqueux à l'aide d'une pince en bois et y verse la poudre du mortier. La potion prend alors une étrange couleur violette et une délicate odeur de noix de coco s'en échappe. Chose qui t'étonne, étant donné les ingrédients qui la compose.

Monsieur Leroy est bien sûr au courant. Il m'a proposé des solutions, comme la distribution de pochette de sang que je pourrai toujours garder sur moi mais … Mais j'avais peur que l'on me voit avec. J'ai pensé bêtement que … chasser à l'extérieur serait une meilleure solution. Mais j'ai été stupide … comme d'habitude.

Penaud, tu baisses la tête, fuyant le regard de ton professeur. Jamais tu ne te serais cru capable de dire tant de choses personnelles à qui que ce soit. La réputation de ta famille, tu en subis bien trop souvent les conséquences. Les rumeurs vont vite dans une école, surtout les plus effrayantes. Et quelques petits plaisantins ont jugé intéressant de parler des Strogoi à qui voulait bien l'entendre. De quoi te repousser de plus en plus loin des autres et demeurer enfermé dans ta coquille, où rien ne peut t'atteindre.   



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Lun 27 Aoû - 13:07
Où il est question
de se ressaisir

Gabriel
Strogoï

Non vous … vous dites exactement ce qu'il faut.

Qu'est-ce que j'avais dit déjà ? Aucune idée. Je ne m'en souvenais plus. Le trou noir. C'était comme si une éternité s'était écoulée depuis que j'avais parlé. Beaucoup parlé. Au moins trois mois, à peu de choses près. Mais ça ne faisait que quelques secondes. J'étais confus. Déboussolé. Je n'arrivais même plus à penser. Mes pensées étaient courtes, directes, simples comme la rédaction d'un enfant. Mon cerveau flottait en partie dans une marée de coton, douillet mais inconfortable. L'autre partie dégoulinait par mes oreilles.

On entendait les larmes qui séchaient, dans sa voix. Comme les cordes d'un violon qu'on frotterait de plus en plus délicatement. Je n'attendais pas de réponse de sa part : Gabriel m'avait prouvé jusqu'alors sa réticence à m'accompagner dans cette étude compliquée de nos émotions. Pourtant, il se laissa aller. Enfin ! Il avait jeté son radeau sur le torrent et se montrait finalement courageux, bravant un courant dangereux. De ceux dont on n'échappe qu'une fois le point final posé. Ou en cas de naufrage, en cours de route.

Ma famille est injustement accusée de descendre des vampires, tout ça parce que notre nom de famille, Strogoi, ressemble à strigoi, une créature du folklore roumain.

Je n'avais pas vu un film là-dessus ? Je comprenais l’amalgame cependant. D'autant plus avec mon corps vidé d'une partie de son sang. Difficile de ne pas faire de lien.

De ce fait, il pèse sur les miens une réputation trompeuse et chimérique qu'il n'est pas aisé de supporter.

Je levai, après un effort colossal, les yeux par-dessus le dossier du canapé pour lancer un regard interloqué à l'élève, un sourcil dressé (une compétence faciale rare et enviée par beaucoup). Qu'est-ce qui lui prenait de parler aussi pompeusement ? Était-ce ainsi depuis le début de notre rencontre, venais-je simplement de m'en apercevoir ? Les jeunes d'aujourd'hui parlaient-ils tous ainsi ? Un bref balayage dans les souvenirs de mes cours m'apprit que non. Par contre, qu'est-ce qu'ils pouvaient être imaginatifs au sujet des mamans.

Je ne voyais pas son visage, trop concentré qu'il était sur la préparation d'une mixture qui, peut-être, arriverait avant que mon corps sans vie ne soit entièrement décomposé. Mais il ne pleurait plus, ce qui était une bonne chose. Et il ne s'arrêtait plus de parler. Ce qui était une bonne chose. Pour certains. Pour d'autres, cela pouvait se révéler être catastrophique, réveillant de vieux traumatismes endormis.

Mes ancêtres ont fuit Bucarest pour s'installer en Transylvanie, à Jidvei. Cependant, notre réputation reste inchangée et nous sommes très mal vu par là-bas. De nombreux membres de ma famille ont été assassiné par des villageois apeurés. Ils n'ont pas conscience que nous avons davantage peur d'eux qu'eux ont peur de nous.

Il parlait d'eux comme on peut parler d'un insecte que l'on voudrait écraser. Ca ne sert à rien, nous dit-on, ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse. Elle a plus peur de toi que toi d'elle. Et pourtant on l'écrase. Parce qu'on a peur. Parce qu'à cet instant on est puissant, on est supérieur. Parce qu'une fois une nuit d'encre installée, une fois le sommeil trouvé, qui sait ce qui pourrait arriver ? On ne prend pas le risque de dévoiler notre vulnérabilité. En dehors de toute logique, on s'abandonne à nos plus sombres pulsions. Parce qu'on veut mieux dormir la nuit.

C'est ça, ma Malédiction … Enfin, la cause. J'ai toujours eu peur que … que j'étais vraiment ce que l'on m'accuse d'être. Alors … alors quand ma Malédiction s'active, c'est ce qu'il se passe. Je suis victime de soif de sang incontrôlables. Si je ne bois pas rapidement, ma gorge me fait tellement mal que je pourrai en mourir. J'ai … j'ai sincèrement cru y passer, tout à l'heure.

Je ne pensais pas pouvoir oublier un jour l'image de ce garçon agonisant dans les bois. Il était prêt à se griffer la gorge jusqu'au sang pour chercher à s'arracher cette soif. Oui, j'avais comme découvert un monstre sauvage, enragé, pris d'une folie carnassière. Affalé dans l'herbe, il aurait hurlé à la mort s'il en avait eu la possibilité. Oui, il avait été ce monstre. Puis j'avais vu son regard. Ses yeux apeuré par sa propre condition, par ce qui lui arrivait, par ce qui allait lui arriver. Alors j'ai compris. Il n'était pas un monstre. Il n'était qu'une victime.

Monsieur Leroy est bien sûr au courant.

Et nous aussi. Il m'a juste fallu du temps pour m'en souvenir. Bien sûr que j'étais au courant d'un élève pouvant chasser seul dans la forêt en pleine nuit. Je m'étais même étonné de ne jamais avoir eu plus d'instructions, comme de la surveillance. Gabriel était un élève attentif et studieux de mon cours. Enfin je crois. J'ai du mal avec les visages, ces élèves se ressemblent tous pour moi. Il était difficile de l'imaginer, derrière ses binocles et ses bouquins, courant après le sang frais de ses proies. Il avait plutôt le faciès du garçon à encourager, à en ébouriffer les cheveux ou à pousser à dépasser les limites de sa timidité. Maintenant, cependant, je comprenais toute l'origine de ce mal-être constant qu'il semble traîner au pied comme un boulet chaque jour de sa triste vie.

Il m'a proposé des solutions, comme la distribution de pochette de sang que je pourrai toujours garder sur moi mais … Mais j'avais peur que l'on me voit avec. J'ai pensé bêtement que … chasser à l'extérieur serait une meilleure solution.

Je regardai le bandage à mon poignet. Ouais, pas forcément la meilleure.

Mais j'ai été stupide … comme d'habitude.

Discrètement, je roulai les yeux dans les orbites. Cette manie qu'avaient les jeunes de se dévaloriser sans la moindre raison. Il pouvait se comparer à un monstre, je comprenais. Il pouvait se trouver pitoyable, même ça je le comprenais. Qu'y avait-il dans sa vie qui le rendait stupide ? Le seul reflet qu'il voyait dans le miroir (à moins d'être réellement un vampire). Si j'accordais beaucoup d'importance aux paroles que les élèves pouvaient venir cracher chez moi pour se libérer d'une certaine dose de poison, je n'accordais néanmoins que peu d'importance à la description qu'ils pouvaient se faire d'eux-mêmes, tant ils ne prenaient ni recul ni la moindre objectivité pour analyser ce qu'ils sont.

Eh beh, me contentai-je de souffler après quelques secondes d'un silence pesant. Donne-moi cette potion avant que je meurs.

Puis de la lui saisir des mains presque sauvagement, et d'en boire de longues rasades bien méritées. C'était bon, et en même temps répugnant. Un goût de noix de coco artificiel mélangé au goût subtilement amer de la magie. Je sentis instantanément une agréable chaleur se diffuser dans tout mon corps, comme si l'on avait plongé chacun de mes vaisseaux sanguins dans un bon bain fumant. J'étais détendu, les yeux à demi-clos et un sourire idiot sur la face. Je me sentais revivre d'une énergie nouvelle, boostant la capacité de mon corps à lutter contre l'anémie. J'étais disposé à accompagner Gabriel jusqu'à ce qu'il en décide autrement. Après une bonne nuit de sommeil, je serais requinqué. Ou j'aurais une terrible gueule de bois, je ne me souvenais pas de possibles effets secondaires.

Gabriel est l'un des éléments les plus prometteurs de cette école, commençai-je à dire comme si je dictais une appréciation de fin de trimestre. Ses capacités exceptionnelles sont cependant freinées par une image faussée particulièrement négative qu'il a de sa personne. Confiance ? A travailler. Sinon ? Rien à changer, continuez ainsi.

Je basculai d'un mouvement si gracieux qu'Oscar me compara à un phoque en obésité morbide, pour me mettre assis, et tapotai la place à côté de moi pour inviter l'élève à me rejoindre. Ce qui, en dehors de tout contexte, pourrait être tout à fait moralement contestable. Je n'étais cependant pas en état d'y réfléchir. Puis de fouiller entre les coussins du canapé pour en ressortir un paquet de cigarettes écrasé. Dès que j'en saisis une, Oscar ouvrit la fenêtre la plus proche, comme les rouages d'une mécanique bien huilée.

Et si tu essayais de te regarder par tes propres yeux, plutôt que par ceux des autres ? Il y a des monstres pires que toi ici, et la plupart sont professeurs, ajoutai-je en pouffant légèrement avant de reprendre mon sérieux. On a du sang sur les mains. Il faut vivre avec. Tu sais ce qui est le plus important dans « ta vie » ? « Ta ».

Derrière Gabriel, Oscar me fit un mouvement de nageoire comme on agiterait la main pour dire « couci-couça ». Moi, je comprenais où je voulais en venir.

Tu veux savoir comment j'ai fait connaissance avec ma Malédiction ?

Je fis un pause pendant laquelle j'allumai enfin ma cigarette, en tira une bouffée pour la recracher lentement. Pour l'effet dramatique.

En tuant.

Si je jouais la comédie, c'était pour cacher la lourdeur qu'un tel aveu pouvait peser sur mon cœur. C'était la première fois qu'une telle déclaration dépassait l'état de simple pensée.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Lun 17 Sep - 22:08

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Un silence pesant, presque gênant, suit ta longue tirade, que tu as conclu d'un coup de couteau dans ton propre dos. Tu as été stupide, oui. Stupide de croire que tu pouvais gérer cela tout seul, que tout se passerait bien. Il était évident qu'un accident finirait par arriver. Le subterfuge a duré plus longtemps que tu ne l'aurais cru, d'ailleurs. Et si tu essaies de te rassurer en te disant que tu n'as jamais blessé qui que ce soit au château, ce n'est qu'une maigre consolation. Sangha n'a pas du apprécier ce baptême du sang, et à raison. Le pauvre, il n'en mène pas large depuis que tu l'as mordu. Si le thé offert par Oscar a atténué le goût métallique dans ta bouche, tu as toujours cette impression d'en avoir plein la langue. Quelle désagréable impression. C'est pourquoi il te faut terminer cette potion au plus vite. Si toi, tu es déjà un peu plus en forme, ce n'est vraiment pas le cas de ton professeur. Tu te hâtes donc de suivre les dernières étapes, prenant tout le même le temps de bien lire avant d'agir. Ce n'est pas le moment de te tromper dans la recette et de mettre en péril la potion toute entière. Quand bien même ce silence pesant est désagréable, tu ne peux pas en vouloir à Sangha. Il doit avoir du mal à garder les yeux ouverts, alors faire la conversation comme une personne en pleine possession de ses capacités … ça doit être bien au dessus de ses forces.

Quand le professeur s'exprime de nouveau, c'est seulement pour réclamer la potion. Te l'arrachant presque des mains, il en prend de longues gorgées, tel un assoiffé. Non sans appréhension, tu le regardes faire en espérant n'avoir fait aucune bêtise. Normalement, tu as suivi la recette sans omettre le moindre petit détail. N'ayant jamais eu de cours de potions – cette matière n'est enseignée qu'à partir de la classe supérieure à la tienne – tu n'as pas vraiment confiance en ta préparation. Néanmoins, tu ne peux qu'attendre le verdict en pinçant les lèvres. Un sourire béat se dessine alors sur le visage du professeur, comme si l'on venait de lui faire le plus délicieux des massages. Est-ce l'effet attendu ? Tu n'en es pas certain, mais tu préfères ça à une moue dégoûtée ou étranglée. Ne sachant pas comment réagir, tu te contentes d'attendre bêtement, les yeux écarquillés, la bouch en o. Knife revient alors vers toi, doutant de sa sécurité sur la tête du professeur. La chauve-souris reprend donc sa place sur ton crâne, non sans couver Oscar d'un regard mauvais. En tout cas, le pingouin ne semble pas plus inquiet que cela. Dois-tu en être rassuré ? Tu ne saurais le dire … ce familier n'est pas toujours fiable, d'après ce que tu as pu constaté dans la forêt.

Gabriel est l'un des éléments les plus prometteurs de cette école. Ses capacités exceptionnelles sont cependant freinées par une image faussée particulièrement négative qu'il a de sa personne. Confiance ? A travailler. Sinon ? Rien à changer, continuez ainsi.

Papillonnant des yeux, tu observes ton professeur qui se redresse, d'un air un peu benêt. Pour peu, nous pourrions croire qu'il vient de répéter mot pout mot une appréciation dans un dossier scolaire – d'ailleurs, la plupart du temps, c'est exactement ce que lui disait ses professeurs. Qu'il était un excellent élève mais qu'il n'avait pas assez confiance en lui, ou qu'il se dénigrait bien trop souvent. Tu baisses la tête comme un enfant qu'un adulte viendrait de corriger. Bien sûr, tu es conscient de tes capacités. A tes yeux, tu n'as d'ailleurs que ça. Mais ce n'est rien d'inné. Si tu es si studieux, c'est parce que tu n'es pas le genre de garçon à prendre du bon temps avec tes amis. Si ta Malédiction n'était pas un tel frein à ta vie sociale, tu n'es pas certain que tu serais un si bon élève. Avant que le gage de tous les sorciers ne te happe, tu étais un enfant vif, presque hyperactif, toujours à faire les quatre cent coups. Tu as changé du jour au lendemain afin de ne mettre personne en danger. Si tu as trouvé une porte de secours dans les livres, c'est avant tout parce que tu savais que personne ne viendrait te chercher à la bibliothèque. Tu ne regrettes pas ton sérieux pour autant. Quitte à ne pas côtoyer beaucoup de monde, tu es au moins certain de pouvoir rejoindre de bonnes écoles et te garantir un avenir confortable. A condition que ta Malédiction ne fauche pas toutes tes chances. Et ça, rien ne peut te le garantir.

Tu relèves finalement les yeux vers Sangha qui tapote le coussin du canapé, t'invitant à le rejoindre. Après une seconde d'hésitation, tu te lèves et t'assoit à la place indiquée. L'adulte plonge alors sa main dans ses coussins et, après une courte fouille, tire un paquet de cigarettes abîmé. Tiens, Marian fume exactement la même marque. La cigarette n'est même pas encore allumée que tu fronces déjà le nez. Tu sais quelle odeur va dégager le tube de nicotine et ça te dégoûte d'avance. Oui, tu fais parti de ces gens qui ne supportent vraiment pas l'odeur de la cigarette. Mais tu t'abstiens de tout commentaire. Sangha est chez lui, il est tout à fait en droit de fumer à l'intérieur si cela lui chante. Réagissant à l'instant, Oscar se hâte d'aller ouvrir les fenêtres. Une petite brise s'invite alors à l'intérieur de la maisonnette, venant caresser tes joues. Le professeur reprend alors la parole. Des monstres pire que toi ? Malheureusement, tu en es bien conscient. Ton cas n'est pas isolé, tous les Sorciers de l'école – du monde – souffrent de leur Malédiction. Tu ne peux t'empêcher de penser à Dimitri. Son père est mort des suites de sa Malédiction, sous ses propres yeux. Toutes autant qu'elles sont, elles sèment la mort et la désespoir sur leur passage. Et les Sorciers ne peuvent que subir, impuissants, victimes d'un sortilège odieux et injustifié. Les Magiciens regrettent-ils, parfois ? Si tu essaies parfois de te convaincre du contraire, tu doutes néanmoins que ce soit le cas.

Tu veux savoir comment j'ai fait connaissance avec ma Malédiction ? Tu retiens ta respiration, attendant la révélation. En tuant.

Ton cœur se serre dans ta poitrine en même temps que ton estomac se retourne. Aussitôt, tu te revois quelques années en arrière, la nuit où ta Malédiction s'est déclarée pour la toute première fois. Tu ne te souviens pas de tout, mais jamais tu n'oublieras la sensation qui t'a prise à la gorge lorsque tu as repris tes esprits, ton pyjama trempé de sang, ta bouche dégoulinante d’hémoglobine. Juste devant toi, dans une mare rougeâtre, gisait une servante du manoir. C'était une jeune fille discrète, qui venait tout juste de se marier. Elle s'occupait de toi avec une gentillesse extrême, venant même te border lors de tes nuits de cauchemars. Elle t'avait sûrement entendu hurler dans ton sommeil, et elle était venu s'assurer que tu allais bien. Répondant à ton instinct, à ton besoin, tu lui as sauté à la gorge, la vidant de son sang pour te nourrir. Du moins, c'est ainsi que tu imagines le déroulement des événements, étant donné que tu n'en conserves pas le moindre souvenir. La seule chose dont tu te rappelles, ce sont les regards à la fois effrayé et affolé de tes frères. Ils ont tous eu un mouvement de recul en te retrouvant ce soir-là, comme si tu leur faisais peur. Jamais tu ne pourras oublier l'apparition de ta Malédiction. Parfois, tu as l'impression que tes vêtements sont trempés de sang, comme cette nuit-là. Et rien qu'en y repensant, un long frisson d'horreur remonte le long de ton échine.

Tandis que l'odeur âcre de la cigarette caresse tes narines, tu baisses les yeux vers tes pieds. Ton professeur a donc connu les mêmes débuts tragiques ? Que lui est-il arrivé ? Tu ne connais même pas les effets de sa Malédiction. Tu repenses alors à ce qu'il s'est passé dans la forêt, lorsqu'il a essayé tant bien que mal de refermer la plaie causée par tes crocs. Il t'avait conseillé de ne pas t'approcher tout de suite, puis avait plongé ses mains dans l'eau. Souffre-t-il d'une Malédiction du même genre que Dimitri ? Un excès de magie qui rendent les contacts dangereux ? Tu glisses lentement les yeux en direction des mains du professeur. Tu sais que ton frère a les mains abîmées à cause de sa Malédiction, est-ce son cas aussi ? Tu détournes le regard avant de prendre cette information. Il est bien impoli de l'épier de la sorte. Jamais tu ne te permettrais d'agir ainsi.

Que s'est-il passé … ?

Tes mots t'ont échappé sans que tu ne t'en rendes vraiment compte. Si tu as envie de le savoir, ce n'est pas par curiosité malsaine, mais pour une raison un peu plus égoïste. Tu as besoin de savoir si vos cas se ressemblent. Si tu n'es pas le seul à avoir un tel poids sur la conscience. Sangha n'a pas précisé s'il a tué un être humain ou un animal. Et cela, tu as besoin de le savoir. Pour te sentir moins seul. Pour, enfin, trouver une personne à même de t'écouter et de te comprendre. Parce que, jusqu'à maintenant, jamais personne n'en a été capable.   



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Dim 14 Oct - 11:40
Où il est question
de se souvenir

Gabriel
Strogoï

On disait qu'on se suivrait jusqu'au bout du monde. Et ce n'était pas que des mots. Nous sommes liés. Qu'on ne me dise pas que c'était une belle amitié, non. Encore moins un joli amour. L'amitié, comme l'amour, sont bons à faire vendre des jouets, des chocolats. Je te parle là de... d'un seul être, scindé en deux. Cette sensation qu'on a en se regardant dans le miroir, et en ne découvrant que le visage de l'autre. Cette sensation, si naturelle, de s'abandonner entièrement. A la fois de ne jamais penser à soi, et de ne penser qu'à soi parce qu'on ne pense qu'à l'autre, et que l'autre est soi. N'y a-t-il pas plus belle merveille que cette odeur sur sa peau. Je humais le bonheur à chaque tendresse. La douceur de ses doigts, entrelacés aux miens. L'infini derrière ses prunelles admiratives. Tu sais ce que c'est, peut-être. Le temps s'arrêtait, et le monde entier pouvait bien brûler. Mais j'étais en sécurité là, caché derrière ses iris lumineux. Peu me chalait de savoir l'univers en ruine... car elle, se tenait là. Nous cherchions à ne faire plus qu'un, car c'est ainsi que le destin nous avait conçu. C'est dingue, tu te dis. Peut-être ne suis-je qu'un fou, à tes yeux. Un égocentrique, un prétentieux, qui place avec un certain mépris son histoire au-dessus de toutes les autres. Tu as sans doute raison. Oui... sans doute.

J'avais quatorze ans, je crois. Nous passions la nuit ensemble, comme nous avions l'habitude de passer des nuits ensemble depuis notre plus jeune âge. Nous n'avions qu'à traverser un chemin. Toute la soirée, nous avions tracé sur une carte du monde le parcours de notre vie. Ce que nous allions visiter, où nous allions habiter. Les temps de trajets, les villes où nous nous installerions. Tout... tout y était inscrit. Alors même que nous savions ne pas en suivre une seule ligne. Mais peut-être avions-nous besoin de ça... Se persuader que nous allions être ensemble pour toujours. Nous grandissions, et le monde avec. Qu'est-ce que c'était effrayant, pour deux petits paysans. J'ai cru, les premiers jours, avoir été maudit pour cet affront. L'affront d'un bonheur trop idéal, et d'un chemin idyllique qui se dessinait devant moi. Une parfaite ligne droite. Il se trouve que non, Gabriel, je n'ai pas été puni pour ce que j'étais. Je n'ai pas reçu de châtiment. Et ce n'est pas le juste sort que je mérite. Tout ce qu'il y a à savoir, c'est que je suis né au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce qui nous arrive... n'est qu'un coup de malchance.

Mon Cauchemar commençait si bien pourtant. Nous quittions toute civilisation. Ne vivait que ce Nous, une entité unique et entière, dont la vie était merveilleuse. Mais le monde nous rattrapait. Comme des serpents assoiffés de sang, des câbles tout électrifiés nous pourchassaient et finirent par me saisir. C'était ce monde dont je n'avais rien à faire qui venait réclamer vengeance. Il hurlait en moi « Subis-moi ! Subis-moi ! » et je refusais. Je ne voulais pas devenir comme lui. Si superficiel, si pauvre. Alors il me répondait « Tu ne pourras plus me fuir » et ses câbles se glissaient sous ma peau. Je devenais ce que je cherchais à fuir. Et en me transformant en cette progéniture hybride, il m'a condamné. « Soit, fuis-moi. Mais n'espère plus approcher de moi » finit-il par me dire. Je me réveille en sursaut alors qu'une impulsion électrique venait, dans mon rêve, de se décharger violemment en moi.

C'est incroyable, comme une vie peut changer. Un dérapage suffit à quitter la route. A dévaler le ravin, à prier pour que ça s'arrête. Elle était morte, à mon réveil. A mon côté. Une électrocution avait fait cesser de battre son cœur dans son sommeil. Voilà. C'est tout. Il n'y a rien de plus grand, rien d'impressionnant. Ce n'est pas une belle fin. Ce n'est pas grandiloquent. La plus belle création de l'univers disparaissait... si pathétiquement.

Je ne me souviens d'aucun des jours suivants. J'ai repris connaissance allongé dans un pré, à plusieurs dizaines de kilomètres de chez moi. Je me souviens qu'il faisait nuit. Mais il n'y avait aucune étoile. Déjà l'univers perdait de son éclat. Et moi, j'avais perdu ce que l'on peut appeler mon âme. Ou peut-être mon cœur. Choisis ta version. J'avais été arraché de moi-même, et remplacé par cet être abject. Cette créature, ce tueur. Je ne suis plus moi...

Mais j'ai appris. Je suis monté en selle et j'ai pédalé. Je suis tombé, bien souvent, mais je n'ai pas abandonné. Parce que la vie vaut la peine d'être vécue. Parce que, bien que je reste coupable, je suis victime. Parce que je me connais et me définis par moi-même, pas ma Malédiction. Je ne suis plus le même, mais je reste moi. On peut évoluer, en restant fidèle à ce que nous sommes. Honorer ce que nous avons été, en choisissant ce que nous allons devenir. Sans elle pour me compléter, j'ai du apprendre à devenir entièrement moi.

Et dis-toi que... si le soleil se couche sur ton monde... Ma foi, il te reste les étoiles à contempler.

Un mégot éteint entre les doigts, de la cendre sur la botte. Mes yeux quittèrent le vide dans lequel ils s'étaient perdus depuis de longues minutes, pour se poser de nouveau sur le jeune homme. Derrière quelques larmes, un fin sourire sur mes lèvres.

Excuse-moi, je ne sais même plus quelle était la question.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Jeu 1 Nov - 13:07

Don't feed the fear
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Le temps s'arrête alors que Sangha commence son histoire. La gorge serrée, les épaules tendues, tu ouvres grand tes oreilles et clôs ta bouche. Une partie de toi – ton instinct, à coup sûr – te conseille d'écouter sans jamais le couper. Et c'est ce que tu fais. Nous pourrions presque te comparer à l'élève intéressé qui boit les paroles de son professeur, et les rôles seraient respectés, mais tout ceci n'a rien d'une leçon que tu t'évertues à écouter. D'ailleurs, tu en oublies vos rôles, votre relation professeur-élève. Dès lors que Sangha commence à parler, vous n'êtes plus que deux êtres semblables, deux monstres ayant peur d'eux-mêmes. Même Knife réalise l'exploit de se faire oublier, sûrement tout aussi attentif que toi. Entre tes doigts, ta tasse tremble légèrement, mais elle ne tombera pas. Tes yeux sont rivés sur ton professeur, toute ton attention lui est destinée et plus rien ne semble compter, ni ta fatigue, ni ta culpabilité, et encore moins le poids de ta propre peine. Comme si tout s'était retiré au second plan, laissant ainsi ton professeur sur le devant de la scène.

Tu écoutes donc Sangha sans intervenir une seule fois. Tu l'écoutes et, au bout de quelques mots seulement, tu as l'impression d'avoir ouvert un livre, une tragédie comme celles qui s'alignent sur la plus haute bibliothèque du manoir des Strogoi. Tu en as lu un, un jour, par curiosité ou par volonté, tu ne le sais plus vraiment. Et tu as pleuré, sans même t'en rendre compte. Tu as pleuré alors que tu savais, au fond de toi, que ce n'était qu'une fiction, une histoire écrite et pensée pour provoquer cette réaction chez les lecteurs. Et lorsque tu l'as refermé, puis rangé, tu as essuyé tes larmes, puis souris. Parce que la simple réalisation que tout ceci n'était pas vrai a suffit à éponger aussitôt ta peine. Oui, Quasimodo et Esmeralda sont morts, enlacés, mais ils n'ont jamais existé. Personne n'a eu à vivre une histoire si triste, si injuste – tu as toujours aimé Notre-Dame de Paris, elle représente pour toi une véritable analogie de la condition des Sorciers en la personne des gitans, mais elle ne reste pas moins une histoire, une fiction, une réalité, certes, mais romancée et, de ce fait, pas réelle.

Mais les larmes qui roulent sur tes joues le sont, elles. Tu ne t'en rends pas compte, mais tu pleures depuis le début. Parce que tu l'as compris dès les premiers mots, dès les premiers instants. Tu as anticipé la finalité, tu as deviné la conclusion en quelques minutes à peine. A force de lire mille et unes histoires, il faut croire que ton cerveau est conditionné à cela. Ce serait mentir de dire que l'histoire de Sangha ne t'a pas fendu le cœur. Toi qui te disait encore il y a quelques jours que les tragédies romantiques, ce n'est que dans les livres, ton professeur vient de te prouver le contraire. Et le réaliser est l'équivalent d'un coup de poing en plein estomac. Sa Malédiction a tué la personne qu'il aimait, de façon si simple et rapide que cela rendait la chose plus cruelle encore. Et tu ne peux que comprendre le poids qui doit peser sur son cœur depuis. Parce qu'il a beau dire qu'il s'est remis en selle et tout le tralala, tu sais pertinemment qu'il ne saura jamais se pardonner malgré tous ses efforts. Parce que si vous êtes des victimes, vous demeurez des coupables, et cela bien malgré vous.

Et dis-toi que... si le soleil se couche sur ton monde... Ma foi, il te reste les étoiles à contempler.

La larme qui glisse sur ta joue et plonge dans ta tasse de thé a le mérite de te ramener à la réalité. Tu constates ainsi que tes joues sont trempées et brûlantes – et que tu coules du nez, aussi. Pourtant, tu ne te sens capable ni de t'essuyer les yeux, ni de te moucher le nez. Tu ne te sens capable de rien, en fait. Lorsque tu clignes des yeux, tu as l'impression de libérer des litres de larmes contenues dans tes cils blonds. Et lorsque tu croises le regard de Sangha, humide malgré le petit sourire sur tes lèvres, tu perds pied. Ta tasse glisse finalement de tes mains – fort heureusement, elle est vide – pour embrasser le tapis, ne faisant même pas l'effort de se briser pour rajouter un peu de drame. Ton corps bascule tout seul alors que tu enfouies ton visage contre les vêtements de ton professeur, éclatant en sanglot. Il est faux de dire que tu ne pleures jamais, mais ta peine, ta rage, ta rancoeur sont si violentes que tes épaules sont secouées de soubresauts alors que, de ta bouche entrouverte, s'échappent des petits cris de douleur sincère. Tu as mal au cœur, tu as mal à la tête, tu as mal au ventre : tu as mal partout.

Mais surtout, tu es terrorisé.    



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mar 6 Nov - 11:21
Où il est question
d'offrir

Gabriel
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L'œil humide. Les joues roses. Le nez qui coule. Et pourtant, un sourire. J'étais désemparé, profondément blessé. Une plaie venait de se rouvrir en moi et de cette plaie s'échappait à flot tout mon sang – ou le peu de sang qu'il me restait ce soir. J'avais mal. Je souffrais. Pourtant, j'avais le cœur léger. J'étais libéré. Comme si la saignée fonctionnait. On en avait extirpé tout les maux. Ne me restait peut-être plus que le sang pur dans mes veines. J'avais refourgué à Gabriel toute ma contamination.

Brillante métaphore, et particulièrement propice lorsque je constatai avec désarroi l'état dans lequel j'avais plongé le garçon. Il semblait plus malheureux que tout ce que je pus rencontrer au cours de ma courte vie. Si j'avais eu à peindre le malheur sur toile, c'était son portrait à cet instant que j'aurais choisi. Cet échange, qui m'émut et me transperça, ne dura qu'une seconde. Un silence complet, brisé par le bruit sourd d'une tasse roulant sur un tapis moelleux.

Puis les sanglots.

Puissants, sincères. J'y percevais une mélodie tragique. Celle de sa vie. Chacun de ses souvenirs, chacune de ses pensées, de ses émotions, chaque particule constituant son être, était un appel à l'aide. Une fuite éperdue, loin de son désespoir. Il courrait entre les murs d'un couloir sans fin, éclairé par quelques lumières vacillantes, celles rencontrées au cours de sa vie. Et ces murs se rapprochaient, je pouvais le sentir. Jusqu'à ce qu'il ne puisse plus bouger. Ainsi bloqué, loin de tout espoir, perdu dans sa solitude et dans le noir, il se laisserait sans doute écraser.

Je n'aurais pas du, et ce fut pourtant ce qui arriva. Je pleurai avec lui. Je laissais libre court à mon empathie et ma douleur. Nous étions deux monstres exilés de tout. Nous, l'ombre du monde. J'avais les lèvres pincées et le visage contracté. Jusqu'ici, je n'avais eu que des larmes. Les sanglots, eux, étaient tout autre. Ils n'étaient pas la réminiscence d'une lointaine culpabilité, ou les échos d'une absence douloureuse. Ils étaient un retour complet. J'étais cet adolescent qui venait de tuer. J'étais Sangha l'assassin. J'étais Gabriel l'assoiffé. J'étais tout ce que nous avons été dans nos heures les plus sombres. Et je ne pouvais le supporter. Alors je pleurais. Les bras autour de Gabriel, je l'enlaçais pour lui rappeler qu'il n'était pas seul dans sa peine. Je lui caressais les cheveux pour calmer la tempête qui ravageait tout son être. Je ne dis rien, pour le laisser extirper jusqu'au dernier souffle de cette douleur qu'il m'apprenait à connaître. Je pris même le temps de lancer un regard désemparé à son petit familier.

Si l'on nous avait vu... j'aurais eu de sacrés ennuis.

Mes larmes séchèrent et j'attendais que les siennes fassent de même, sans pour autant le lâcher. Ce garçon avait besoin d'une présence, d'une figure à laquelle s'accrocher. Sa plus grand peine, peut-être ne le comprenait-il pas encore, était sans aucun doute sa solitude. Entouré, il saurait affronter ses malheurs bien plus efficacement.

Lorsque le silence commençait finalement à revenir, je repris la parole, dans un souffle, presque un murmure :

Assez d'émotions pour cette nuit, tu ne crois pas ?

Et de le prendre par les épaules pour qu'il se redresse face à moi. Je lui souris, de ce sourire réconfortant que je commençais à maîtriser à la perfection, bien que le défi de réconforter un tel adolescent était plus ardu qu'aucun autre.

Il faut en avoir, du courage, pour réussir à se lever tous les matins, ajoutai-je en lui ébouriffant les cheveux, incapable de deviner s'il comprendrait où je voulais en venir. Viens, je vais te donner quelque chose.

Oscar était silencieux, comme une marque de respect. Parfois, je me disais qu'il n'était pas aussi stupide qu'il en avait l'air. Puis, il me pose une question et j'oublie. Mais cette nuit, il nous avait regardé depuis son coin. Il n'avait pas bougé, n'était pas intervenu, n'avait pas parlé. Même maintenant encore, alors qu'il me suivit jusqu'à la cuisine, il me semblait parfaitement invisible, si ce n'était les bruits de ses palmes contre le plancher.

Je sortis une petite fiole d'une vitrine, contenant un liquide d'un bleu opaque, ainsi qu'une clef. Je lui donnai la fiole en premier lieu.

Bois ça une fois dans ta chambre, ça t'aidera à dormir. Demain, tu ne te lèves pas. Je vais envoyer un message à Lin... à mademoiselle Loisel qui transmettra l'information aux autres professeurs. Tu te reposes. Et ceci... – je lui tendis une clef toute entortillée, comme faite depuis la branche d'un arbre étrange – est la clef de cette maison. L'une des clefs, du moins. Je te la donne pour que tu comprennes : cette porte te sera toujours ouverte, et cette maison prête à t'accueillir. Tous les jours et à toute heure, même en mon absence. Tu n'es plus seul, et en tant que professeur, je t'interdis de te réfugier dans la solitude. Appelle à l'aide, c'est quand même comme ça qu'on se fait le mieux aider, non ? conclus-je en lui ébouriffant une nouvelle fois les cheveux avec un sourire malicieux. Tu te sens prêt à retourner au château ? N'aies pas peur de dire non, il y a de la place ici.

Mais si l'on pouvait éviter à tout le château de voir, au petit matin, un élève quitter la maison du type qui vit tout seul, cela m'arrangerait, moi et ma réputation déjà étrangement faite à travers tout le domaine.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 14 Nov - 14:24

Don't feed the fear
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Un ouragan de douleur et d'incompréhension ravage ton esprit tandis qu'un serpent vicieux s'entortille au plus profond de tes entrailles, travaillant de concert pour semer le mal partout où ils passent. Tes sanglots sont sincères, douloureux, incontrôlables. Tu sens les larmes qui roulent sur tes joues, tellement brûlantes qu'elle te pique la peau. Un étau se referme petit à petit sur ton crâne, y diffusant une douleur lancinante que tes pleurs ne font qu'augmenter. Pourtant, tu es incapable d'y mettre un terme. Tu ressens malgré toi, malgré ces douleurs, le besoin d'extérioriser toute cette peine, toute cette rancœur qui t'accompagnent depuis si longtemps maintenant. Si tu ignores si cela est vraiment utile, tu ne prends pas le temps de te poser la question. Tu réponds simplement au besoin que tu as ressenti sur le moment, à ce que tout ton être réclamait. Certes, chercher du réconfort auprès d'un professeur est un choix discutable mais en ce moment même, tu ne considères pas Sangha comme tel. Tu le vois en tant qu'être blessé, écorché, en tant qu'assassin qui devra, toute sa vie durant, supporter le poids d'un meurtre dont il est responsable bien malgré lui. Tu le vois en tant que semblable, le seul à même de te comprendre et de partager ta douleur.

Cependant, petit à petit, tes larmes s'assèchent et tes sanglots s'amenuisent. L'ouragan s'est calmé, et le serpent s'est enfuit. Et toi, tu es à bout de force, tellement fatigué que tu pourrais t'endormir là, sur ce canapé, et ne pas te réveiller avant des heures. D'ailleurs, tu es tenté de fermer les yeux lorsque Sangha t'attrape doucement par les épaules, t'invitant ainsi à te redresser. Prenant soudain conscience de la situation, tu sens tes joues s'enflammer – ce qui ne se voit même pas, vu l'état dans lequel la peine a déjà mit ton visage. Tu constates cependant que les joues de ton professeur sont trempées, elles aussi. Tu ne l'as pas vu, mais tu comprends qu'il a pleuré également, et tu ne peux t'empêcher d'en culpabiliser. Tu n'as néanmoins pas la possibilité d'y penser davantage parce qu'après t'avoir ébouriffer les cheveux, il t'invite à le suivre dans sa cuisine. Un peu gauche, tu te lèves en t'assurant d'abord d'avoir suffisamment de force dans les jambes pour ça. Heureusement, tu peux faire un pas devant l'autre sans trop de souci – si tu omets ton mal de crâne qui ne semble pas vouloir passer.

Tu suis donc Sangha jusqu'à une petite vitrine, de laquelle il extirpe une fiole d'un joli bleu et une clé toute tordue. Il te tend d'abord le premier objet, que tu attrapes délicatement, veillant à ne pas la laisser te filer entre les doigts. D'après lui, elle va t'aider à t'endormir – tu doutes avoir besoin de quoi que ce soit pour ça, tellement la fatigue pèse sur tes paupières, mais ce n'est pas de refus pour autant. Pourtant, l'idée de ne pas aller en cours le lendemain te dérange un peu. Tu n'as jamais manqué un jour de classe, et ce depuis que tu as l'âge d'aller à l'école. Contrairement à la plupart des adolescents de ton âge, tu ne vis pas les journées de cours comme une longue torture faite de formules et de longs textes barbants. Tu adores apprendre et te lever tous les matins pour y assister est un réel plaisir. Néanmoins, tu doutes que ce soit une bonne idée d'y aller. La nuit est déjà bien avancée et tu risques d'avoir la tête dans le seau toute la journée. Si tu vas en cours uniquement pour faire acte de présence, alors autant rester coucher. Ton corps t'en remerciera plus tard.

Tu hoches donc docilement la tête, rassuré de savoir que Sangha compte avertir l'infirmière de sa décision. Il te tend ensuite la clé. Visiblement faite de bois, tu doutes qu'elle puisse ouvrir quelque verrou que ce soit. Néanmoins, tu te gardes bien d'en faire la remarque, te contentant de l'attraper en écoutant les mots de monsieur Jani :

Je te la donne pour que tu comprennes : cette porte te sera toujours ouverte, et cette maison prête à t'accueillir. Tous les jours et à toute heure, même en mon absence. Tu n'es plus seul, et en tant que professeur, je t'interdis de te réfugier dans la solitude. Appelle à l'aide, c'est quand même comme ça qu'on se fait le mieux aider, non ?

Une bouffée de reconnaissance enfle en toi alors que tu observes la clé entortillée. Plus qu'un outil, c'est une représentation forte et lourde de sens du soutien que le professeur compte t'apporter dans ta vie. Tu ne peux d'ailleurs t'empêcher de te sentir un peu mal : tu ne veux pas qu'il perde son temps à gérer ton cas. Il a déjà suffisamment de problèmes avec sa propre malédiction pour ne pas avoir à s'occuper de la tienne. Et pourtant, tu sais déjà que tu seras le bienvenue, quoi qu'il arrive. Bien qu'il soit un professeur et toi un élève, vous avez un point commun qui a créé quelque chose de puissant entre vous. Tu ne saurais mettre un mot dessus – d'autant plus que tout peut très vite mal tourné étant donné vos positions au sein de l'établissement – mais ce n'est pas grave. Inutile de le nommer, il suffit de le comprendre et de l'accepter. Alors tu esquisses l'ombre d'un petit sourire, un léger rictus qui rehausses à peine la commissure de tes lèvres. Enfin, tu as trouvé une épaule sur laquelle t'appuyer, une oreille à laquelle te confesser. Depuis combien de temps attends-tu ? Trop longtemps, sûrement. Mais est-ce si important, désormais ? Non – tu sais très bien que non. Parce que, pour la première fois depuis si longtemps, il n'y a aucun nuage dans ton ciel bleu. Et le soleil n'a jamais été aussi beau.

Merci beaucoup …

C'est là tout ce que tu es capable de dire pour l'instant. Tu voudrais lui faire part de ta reconnaissance d'une meilleure façon mais tu n'as sincèrement aucune idée en tête. Alors tu te contentes de ces mots qui peuvent paraître bien simples mais qui n'en reste pas moins vraiment sincères. Mais désormais, il est temps de rentrer. Si Sangha est prêt à t'accueillir pour la nuit, tu ne veux pourtant pas plus abusé de sa gentillesse. D'autant plus que tu ne veux pas nourrir de rumeurs stupides vous concernant. Alors tu secoues légèrement la tête, refusant poliment son offre. Rejoindre le château ne va pas être une partie de plaisir, mais tu sais que tu peux compter sur Knife pour te prêter main forte jusqu'à ce que tu retrouves la douceur de tes draps. La petite chauve-souris a beau avoir un très mauvais caractère, tu sais que tu peux lui faire confiance aveuglément. Le plus dur, finalement, ce sera de rentrer dans le château sans attirer l'attention. Si toute l'équipe administrative et professorale de l'école est au courant de ta situation, tu préfères tout de même faire profil bas et ne pas te faire remarquer. Tout ce que tu veux, là, c'est te coucher et dormir douze heures d'affilées. Donc si tu peux échapper à l'interrogatoire musclé d'un surveillant, tu ne dis pas non !

Je vais rentrer, je pense que … j'ai suffisamment abusé de votre temps et de votre bonté.

Tu baisses la tête, un peu honteux. Le pauvre Sangha ne pensait sûrement pas que sa soirée finirait comme ça. Et toi non plus, d'ailleurs. Ce qui est normalement un événement routinier s'est terminé en véritable désastre. En tout cas, tu refuses de rester dans cette situation. Dès demain, lorsque tu te sentiras mieux, tu iras voir le directeur pour réfléchir à une autre solution. En proposant de chasser, tu t'es moi-même bestialisé, et tu souhaites désormais y mettre un terme. Quitte à devoir cacher des fioles de sang, tu préfères ça à ta situation actuelle. Les événements de cette nuit t'ont fait comprendre de façon radicale les dangers de cette méthode. Et si la honte et la culpabilité te pèse, tu sais que tu devras en parler à Leroy, quoi qu'il arrive. Tu espères seulement que cela ne va pas se conclure avec ton exclusion de l'école – ou avec des problèmes pour Sangha. Tu ne voudrais pas qu'on l'accuse de quoi que ce soit par ta faute. Malgré la boule dans ta gorge, tu ramasses le petit sac plastique dans lequel tu as mit tes affaires sales, un petit peu plus tôt. La corvée de lessive qui t'attends risque de te donner du fil à retordre – le sang et la boue sont difficiles à enlever sur les fringues, en règle générale.

Tu enfouis finalement la clé et la fiole dans tes poches avant de te diriger vers la porte. S'il fait nuit noire dehors, la pâle lueur de la lune suffira à éclairer son chemin. D'ailleurs, Knife est déjà prêt à te guider le long de ton périple jusqu'au château. Tandis que tu franchis le seuil de la modeste maison, tu jettes un regard par dessus ton épaule. Le sourire chaleureux de Sangha est tellement communicatif que tu ne peux t'empêcher de faire de même. Avant de partir, tu tournes les talons et t'inclines poliment devant l'adulte, le remerciant une dernière fois pour sa présence, son aide et sa compréhension. Sans lui, tu serais mort à l'heure qu'il est. Et bien qu'il t'arrive souvent de penser que ce serait pour toi le meilleur des saluts, tu ne peux t'empêcher de croire qu'il est encore trop tôt pour passer l'arme à gauche. Tu n'as que seize ans après tout, qui sait ce que l'avenir te réserve ? Fort de ses nouvelles aspirations, tu prends finalement congé de ton professeur, t'engageant sur le chemin menant jusqu'à château d'une démarche assurée malgré la fatigue qui pèse sur tes épaules. Knife prend finalement son envol, partant en éclaireur pour te communiquer tout ce qu'il voit de sa position. Autant ne pas attirer l'attention.

Il te faut finalement moins de temps que prévu pour arriver aux abords du château et Knife s'y glisse le premier, t'indiquant quand avancer et quand patienter. Lorsque tu te glisses finalement dans la Tour des Centaures, tu es accueilli par un silence calme et quelques ronflements te parviennent de l'étage. Sur la pointe des pieds, tu gravis les escaliers menant à l'étage des dortoirs et, l'espace d'une petite seconde, l'espoir d'y trouver William en vagabondage te caresse l'esprit. Mais il n'y a pas âme qui vive dans le couloir et c'est embarrassé par tes propres pensées que tu entres doucement dans ton dortoir. Malgré l'obscurité, tu parviens à te glisser jusqu'à ton lit, à enfiler ton pyjama et à te pelotonner sous la couette lourde et épaisse. Tu te saisis ensuite de la petite fiole offerte par Sangha et la vide aussitôt de son contenu. Il ne te faut qu'une petite dizaine de minutes pour t'endormir, bercé par la respiration calme de tes camarades et rassuré par la chaleur de tes draps. Te voilà parti pour un sommeil de dix heures minimum !   



©️ Halloween



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Hier à 16:27
Où il est question
de finir

Gabriel
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Il n'était plus qu'une silhouette dans l'obscurité alors que je fermais la porte sur son passage. Finalement, il était parti. Il ne m'avait aucunement dérangé, pourtant j'en étais soulagé. Plus besoin de faire semblant. Je lâchai la poignée et la réponse de mon corps fut immédiate. Je m'écroulai sur un parquet de bois exceptionnellement bien lustré. De mon point de vue, la joue et le nez tout écrasés contre, je voyais la perfection de son lissage. Si j'en avais la force, je remercierais Oscar. Mais je ne pouvais parler. Ni même penser. Pas même bouger un orteil. Je respirais à peine. Mon cœur pourtant, battait la chamade. Mon oreille au sol, je l'entendais résonner dans tout le plancher. Comme le tambour des enfers remontant vers la surface, annonçant l'arrivée d'une main funeste venue m'entraîner dans son sillage lorsqu'elle repartirait sous terre. Je voyais déjà les flammes infernales me brûler la peau pour l'éternité. Une juste punition pour mes fautes commises. Je pouvais sentir leur chaleur me lécher la joue et consumer ma chair.

Il me fallut plusieurs minutes pour me rendre compte qu'en fait, il n'y avait que mon propre vomi étalé autour de moi pour me lécher la joue.

La potion avait été efficace. Pendant plusieurs minutes, j'avais eu cette illusion de bien-être. Mais ça n'avait été qu'une décharge électrique dans l'eau. Elle se diffuse sans se prolonger. Ça n'avait pas reconstitué le sang manquant et je savais, en demandant à Gabriel de me préparer le breuvage, que le contre-coup pouvait être sérieusement risqué. Je n'avais pas imaginé dégobiller, mais aurais du m'y attendre. Et si je n'avais pas encore souillé mon pantalon, je craignais néanmoins que cela ne tarde pas à arriver. J'avais, en fait, beaucoup trop parlé. Parler, cela demandait une énergie incroyable, et j'avais épuisé tout le surstock que je m'étais procuré. Mais ça valait le coup.

Pour ce petit gars, ça avait valu le coup.

Je fus réveillé par un chiffon qu'on me passait sur la bouche. J'étais toujours au même endroit, mais le sol était redevenu ce parquet de bois exceptionnellement bien lustré et Oscar me nettoyait le visage avec le même chiffon qu'il avait utilisé pour nettoyer les restes de mes trois derniers repas éparpillés tout autour de moi. Il me posait toutes sortes de questions, mais ne parvenaient à mon oreille un bourdonnement grossier d'un caneton enroué.

Va chercher la machine à écrire. Et pose-la sur la table.

Je crois qu'après ce soupir, je m'endormis encore. Car j'avais fermé les yeux, et en les rouvrant, la machine était déjà sur la table. Et Oscar était en train de se dandiner en courant tout autour de ce qu'il pensait être mon cadavre, le bec ouvert et une plainte insupportable vibrant au fond de sa gorge de manchot.

Ok machine, dis-je à cet appareil enchanté qui produisit le son caractéristique de sa mise en route.

Je me tournai pour m'allonger sur le dos dans un grognement bestial. Chaque parcelle de peau, de muscle, d'os et de tendon de mon corps était endolori. Je n'avais toujours pas la force de me lever, peut-être même pas de parler, mais il le fallait bien.

Couché là, je ne cessais de repenser à cette étrange soirée. Je n'avais rien d'autre à faire de toute façon. Gabriel m'avait brisé le cœur parce que toute l'innocence de son visage et de son esprit était souillée par ce qu'il voyait en contemplant le reflet d'un miroir. Je m'étais retrouvé en lui. Ou justement, j'ai craint de voir en lui celui que j'aurais pu devenir. Une profonde bonté meurtrie par tant d'animosité. Je crois que ma Malédiction, contrairement à la sienne, m'avait aidé en ce sens. En m'éloignant des autres, j'avais eu tout le temps de ne regarder que moi. Lui vit constamment sous le joug des regards d'autrui. Il ne s'identifie qu'à eux. Il en définit sa place.

En partant, il avait souri. Et cela m'avait fait chaud au cœur. Peut-être son quotidien allait-il rester le même. Peut-être continuerait-il à se haïr et à se maudire. Peut-être que tout cela n'allait rien changer du tout, et que tout ceci n'avait aucun sens. Mais j'avais fait tout ce qui était dans mes moyens, et il le savait. Mieux encore ! Il en avait été touché. Dans un monde idyllique, j'aurais espéré ne pas le revoir, car cela aurait signifié que son quotidien se serait transformé pour quelque chose de mieux. Dans une école comme celle-ci, je ne pouvais qu'espérer le revoir. Car d'autres jours sombres étaient à venir pour lui. Et il avait dans sa poche la clé d'une certaine délivrance.

Et moi, dans tout ça ? Bof. Si je survivais, je continuerais d'être moi. C'était pour cela que je m'apprêtais à réciter ce message, celui que la machine enchantée transcrirait mot pour mot pour moi.



Cela devrait être suffisant. Benjamin Leroy n'aimait pas, je crois, que l'on s'embête avec toutes les formules d'usage. Et cela me coûtait déjà suffisamment de parler distinctement pour ne pas avoir à ajouter certaines périphrases conventionnelles. Oscar ôta le papier et le plia. Il savait déjà qu'il serait en charge de l'apporter au concerné dès l'aube. A ma demande, il plaça une nouvelle feuille dans la machine, dont voici le message que j'y inscris.



Et de m'endormir presque aussitôt, le confort tout discutable du parquet comme seul oreiller. J'avais, je crois, fait quelque chose de bien, ce soir. Pas autant que je l'aurais voulu, car je n'avais pas été en état pour cela. Mais j'avais fait mon possible, et je ne comptais pas l'abandonner.

Essaie toujours d'être gentil. N'échoue jamais à être bon.

Tout ce que j'avais à espérer maintenant, c'était que Line ne me retrouve pas allongé dans une flaque d'urine.

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Sangha bavarde en #C08ABB et Oscar en #6495ED
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