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 :: Le Domaine de Sainte Catherine :: Le Jardin des Nymphes :: La Forêt des Elfes
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MessageSujet: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 27 Déc - 19:14

Don't feed the fear
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La nuit est tombée depuis quelques heures déjà et pourtant, dix-neuf heure s'affiche à ta montre. C'est bien quelque chose que tu reproches à l'hiver : sa tendance à envoyer le soleil se coucher bien trop tôt. Assis à ton bureau pour l'étude surveillée, tu rêvasses plus que tu ne t'intéresses aux formules de mathématiques gribouillées sur ton carnet. Comme à ton habitude, tu as prit de l'avance dans tes devoirs : ces quelques exercices, tu te contentes de les relire afin de t'assurer que tu n'as pas fait des erreurs de calculs quelque part. Mais tu as vite laissé place à tes rêveries : le menton reposant dans le creux de ta main droite, tu observes le ciel étoilé par la fenêtre. Bien que l'hiver soit bien installé en France, le domaine de Sainte Catherine ne subit pas les baisses de température. Il est donc possible de se balader sous ce ciel d'encre sans craindre la morsure du froid. Parfois, quelques flocons traversent la barrière magique et viennent se déposer sur l'herbe trop verte du Jardin des Nymphes, comme témoins de la météo réelle par delà les hauts rocs entourant l'école. Tu n'as pas encore prit le temps de descendre en ville pour admirer le paysage enneigé dont certains élèves parlent avec passion. Sûrement le feras-tu ce week-end, voilà longtemps que tu n'as pas mit les pieds hors du domaine.

Soudain, la cloche sonne et te tire brutalement de tes rêveries. Tout autour de toi débute un concert de voix qui s'élèvent, de trousses et de sacs qui se referment, de chaises que l'on tire. Dans un automatisme digne d'une machine, tu refermes ton carnet afin de le glisser dans ton sac à dos, suivi de ta trousse et d'un manuel que tu n'as même pas daigné ouvrir. Tu ne te le reproches pas pour autant : ce n'est pas comme si tu avais du retard dans ton travail. Alors tu suis le flot d'élèves qui se dirige vers la Grande Salle pour le dîner – inutile de passer par les Tours pour y déposer les sacs, ils s'y téléportent par eux-mêmes. Silencieux comme à ton habitude, tu prends place sur l'une des grandes tables au milieu de nombreux élèves bruyants et affamés. Knife dort dans ta poche comme à son habitude, après tu prends garde à ce que personne ne se colle trop à toi. La chauve-souris magique ne ressent certes pas la douleur, mais ça ne l'empêche pas de se plaindre en cas d'inconfort. Tu souris à Dimitri lorsqu'il vient s'asseoir près de toi : ton demi-frère est ton unique repère dans ce château, sa présence t'est toujours rassurante.

Tu dînes en silence, te contentant de grignoter comme à ton habitude. Ton appétit n'a pas muté d'oiseau à ogre pendant la journée et quelques portions de ci et de ça suffisent à contenter ton petit estomac. Tu te permets donc de quitter la table avant la plupart des autres, laissant Dimitri discuter avec quelques camarades Pégases. Tu rejoins donc la Tour des Centaures en solitaire : les couloirs sont rarement fréquentés pendant le dîner. Dans le foyer, tu ne croises que trois garçons autour d'un jeu de cartes : ils rient et se chamaillent tout en jetant piques, trèfles, cœurs et carreaux sur le bois vernis de la table. Tu les observes quelques instants, curieux, avant de prendre la direction de ton dortoir. Tu comptes bien profiter de l'absence de tes colocataires pour t'exercer tranquillement à quelques sortilèges présentés en cours plus tôt dans la journée. Tu détestes utiliser ta magie mais il faut bien que tu apprennes à maîtriser ces sorts – d'autant plus que le professeur Jekyll a la fâcheuse tendance de proposer des interrogations sans prévenir quelques jours à l'avance. C'est donc non sans une petite appréhension que tu ouvres ton carnet de note, serrant ton médaillon entre tes doigts. Il faut espérer que tu ne dépasses pas ta limite et déclenche ta malédiction...

Mais c'est bien espérer en vain. Malheureusement pour toi, ton endurance magique est déplorable. A peine commences-tu à t'exercer à quelques sorts que tu ressens cette sensation de sécheresse désagréable dans ta gorge. Voilà longtemps que tu ne te voiles plus la face : ce n'est pas une soif normale. Tu sais reconnaître ta Malédiction et agir en conséquence. Les jambes tremblantes, tu te lèves en bousculant la pile de livres trônant à côté de ton lit. Tu ne peux prendre le temps de les ramasser, tes camarades de chambre peuvent arriver d'une minute à l'autre. Alors tu te contentes de lasser maladroitement des chaussures et de quitter la chambre. Tu n'es qu'à la moitié des escaliers menant au foyer quand tu entends des voix s'en élever : il y a bien plus de monde que tout à l'heure. Déglutissant doucement, luttant contre cette voix malsaine t'incitant au meurtre, tu traverses la pièce noire de monde en fuyant les regards, sans même prendre le temps de t'excuser auprès des élèves que tu bouscules dans ta précipitation. La peur te tortille le ventre et chaque pas que tu fais assèche davantage ta gorge souffrante. Il est tellement plus simple pour toi d'être victime de tout cela la nuit, lorsque les couloirs sont déserts et que seule la nuit est témoin de ta terreur. La prochaine fois, tu ferais mieux de t'exercer aux sortilèges dehors directement.

Le petit vent frais du soir t'accueille à bras ouverts et sa caresse sur ta peau te fait plus de bien que tu ne l'aurais cru. Le domaine a beau ne pas souffrir de la météo réelle, même la magie ambiante ne peut résister à cette brise caractéristique tant appréciée par les promeneurs nocturnes. Et beaucoup ont succombé à son charme : il y a tellement de monde dans les jardins que tu ne sais pas par où partir. Tu ne veux pas prendre le risque de croiser qui que ce soit, ta soif ne cessant de croitre au fil des secondes. En temps normal, tu passes devant les Ecuries de Sleipnir et t'engouffre dans la forêt : c'est dans cette zone-ci que les Gnomes sont les plus nombreux. Mais impossible de partir dans cette direction : il y a des groupes d'amis comme des couples enlacés qui recouvrent la pelouse comme des petits champignons. Tu n'as donc pas le choix que de remonter sur la droite du château en passant près du Lac des Sirènes – il doit sûrement y avoir un peu de monde près de l'eau mais il te suffira de longer l'enceinte de pierre pour être certain de ne croiser personne. Désespéré, tu te hâtes donc de suivre cet itinéraire, laissant Knife sortir de ta poche pour qu'il te guide efficacement jusqu'à l'orée du bois. Dans ce genre de situation, tu ne peux compter que sur lui.

Il ne te faut que quelques minutes pour parvenir au Lac des Sirènes. Comme tu t'y attendais, nombreux sont les élèves assit près de l'eau, en plein conciliabule avec les créatures mi-humaines mi-poissons. Discret comme une ombre, tu te faufiles le long des hauts murs de l'école et aperçois rapidement la petite maisonnette du garde-chasse. Priant pour qu'il ne traîne pas dehors en ce moment, tu rejoins rapidement les bois en oubliant toute volonté de discrétion. Ta gorge te fait tellement mal que tu la saisis à deux mains, la massant vainement dans l'espoir que la douleur s’amenuise. Knife disparaît entre les arbres, à la recherche d'une proie capable de te soulager. Haletant, tu attends qu'il revienne en traînant mollement les pieds sur le tapis végétal composé de feuilles mortes, de marrons, de glands et de mousses. La voix de ton familier résonne alors dans ta tête : il ne trouve pas âme qui vive dans les bois. Même pas un écureuil ou un petit oiseau. Ton arrivée précipitée à fait fuir tous les animaux aux alentours et les Gnomes sont nulle part en vue. Désemparé, tu tombes à genoux, incapable de supporter plus longtemps ce feu qui consume ta gorge. Tu as tellement soif que tu accepterais de croquer dans n'importe quoi tant qu'il met un terme à cette douleur atroce.

Tu pousses un râle désespéré, telle une bête souffrante. Jamais tu n'avais autant souffert auparavant.



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Sam 6 Jan - 11:09
Où il est question des vampires

Line
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L'hiver me manquait. Des soirées entières à ne rien faire d'autre que se lover dans une couverture qui gratte au coin de la cheminée. Regarder les arbres nus se vêtir de neige, ou se parer de colliers de givre. Trembloter en mettant un pied dehors et sentir ses orteils devenir douloureux par simple contact du froid. Trouver réconfortant la proximité d'une bouse fraîche dans la neige, pour la chaleur qu'elle pouvait dégager. Tout ce qui était bon ou mauvais en hiver manquait cruellement à Sainte-Catherine. La magie, c'était sympathique. Il faisait beau tous les jours, on n'avait jamais trop froid, jamais trop chaud. Le ciel était toujours agréable à contempler et aucune pollution lumineuse ne venait s'interposer entre les étoiles et nous. Mais la nature et tout ce qu'elle offrait d'agréable et de désagréable, c'était ça la véritable magie. Les adolescents pouvaient s'en satisfaire en fin de semaine, à la ville la plus proche où cette magie là est bien présente – surtout dans cette région du pays. Mais moi, je ne pouvais pas m'y approcher et restais coincé ici, à me satisfaire d'un temps parfait. Qu'est-ce que ça pouvait être frustrant !

Mes chaussures tachetées d'une boue sèche reposaient dans l'herbe grasse, au pied d'un magnifique pin, à la fois fragile et majestueux. Je l'avais nommé Édouard, suite à une grande aventure menée avec Oscar impliquant des Creuse-tout en colère, des gnomes vindicatifs et ce pin comme seul lieu de sûreté. Loger dix-huit heures entre les branches piquantes d'un arbre avait étrangement créé un lien entre nous et nous avions commencé à discuter. Nous avions échangé au sujet de nos parents, de nos envies de fonder une famille, puis mon familier m'avait fait savoir que la déshydratation commençait à avoir raison de ma santé mentale et que je dialoguais tout seul face à une pomme de pin. Mais c'était aujourd'hui – et comme de nombreux autres jours – à son pied que je reposais. Ou que je me reposais. Car Édouard était avant tout l'un des deux piliers maintenant mon hamac à l'orée de la forêt. Le second étant Jeannine, que je ne portais pas vraiment en mon cœur tant elle essayait d'impressionner tout le monde.

J'étais donc allongé dans la toile tendue, appréciant la brise parfaite d'une saison parfaite. Le crépuscule nous assombrissait rapidement, aussi une lueur magique, telle une luciole en suspens dans les airs, trônait au-dessus de ma tête pour éclairer les pages que j'étais en train de lire. C'était le Dracula de Bram Stoker. Je sentais à la fois un certain amusement à savoir cette histoire probablement inspirée de faits réels, tout autant qu'une sueur froide à l'arrière de la nuque, en sachant que justement, cette histoire était probablement inspirée de faits réels. Mais il me fallait nourrir ma culture en matière de littérature fantastique. Je doutais que ma dernière lecture – une adolescente amoureuse d'un vampire pailleté et d'un loup-garou exhibitionniste – soit connue de qui que ce soit. Je ne pouvais donc en parler nulle part et c'était assez frustrant. De toute façon, cette saga avait quelque chose d'affreusement offensant en faisant de nous, peuple magique, des fantasmes sexuels et pas grand chose de plus. Mais quand même, j'aurais voulu qu'elle finisse avec le loup-garou.

Heureusement, ces créatures véritablement dangereuses n'existaient plus. Leur disparition était un bien pour la sécurité de tous.

Mais qu'est-ce que je racontais ? J'étais désespéré à l'idée de ne jamais avoir, de ma vie, l'occasion d'étudier, de soigner, de nourrir ou d'échanger avec l'une de ces créatures légendaires et fascinantes. On se fichait bien du mal qu'elles pouvaient faire. Si l'on devait sélectionner qui devrait vivre ou mourir selon une échelle préétablie de dangerosité, les humains, magiciens et sorciers seraient des espèces éteintes et oubliées.

Voilà six fois que je lisais la même phrase, mon esprit étant bien trop occupé à divaguer sur d'autres sujets, lorsqu'une voix assourdissante retentit dans mon esprit :

ALERTE INTRUSION ! ALERTE INTRUSION !

Je sommai à Oscar de fermer son clapet s'il ne voulait pas que je le fasse pour lui. Il me répondit avec cette honnêteté stupide qui le caractérisait qu'il n'avait rien à fermer car il parlait dans mon esprit. Je lui expliquai que c'était une image pour qu'il ne se mette plus à hurler de la sorte alors que j'étais à deux mètres de lui. Il était jusque là assis par terre, les yeux rivés sur une fourmilière, dans laquelle il plongeait parfois le bec pour mettre un terme à la vie d'une innocente fourmis en la mangeant.

Quelqu'un est entré dans la forêt. Selon le règlement, il est interdit de...
Oui oui, je connais le règlement, Oscar.

Ce qui n'était pas vrai du tout.

Je me dirigeai vers l'endroit que le manchot m'indiquait du bout de l'aile, sans plus bouger car il avait la flemme. En m'engouffrant entre les arbres, je vis une silhouette lointaine s'éloigner. Ma cible. Dégainant ma baguette, je m'avançai sans me rendre compte que je n'avais pas remis mes bottes. Une aventure en chaussettes.

Il ne fallut qu'une poignée de minutes pour retrouver l'adolescent rebelle. De longues minutes, je devais bien l'avouer, après la lecture d'un ouvrage suffisamment glaçant pour me mettre mal à l'aise dans un environnement que je maîtrisais parfaitement. Enfin presque. Il était agenouillé par terre en train de pousser des râles que mon métier m'avait déjà fait connaître : l'agonie d'un animal. Pourquoi était-il venu jusqu'ici pour souffrir ? J'avais bien une idée, mais elle me fendait le cœur, comme à chaque fois. Une nouvelle malédiction ?

Je m'approchai, ma baguette diffusant une douce lueur réconfortante tout autour de nous, avant de m'accroupir à côté de l'élève et de poser une main sur son épaule.

Dis-moi comment t'aider...

Après tout, qu'est-ce que je risquais ?

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Sam 20 Jan - 13:38

Don't feed the fear
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L'écholocation. Knife a beau être une créature magique, il possède tous les outils propres à son espèce de base. Ainsi, il est capable de repérer les obstacles qui l'entoure en projetant des ultra-sons par la bouche ou le nez. Selon l'écho qu'il capte ensuite dans ses larges oreilles, son cerveau est capable de déterminer s'il s'agit d'un être vivant ou non et à quelle distance il se trouve. Pour toi, ce n'est finalement pas un hasard s'il est passé de petite boule difforme à chauve-souris : il n'y a pas meilleur allié pour lutter contre ta Malédiction. Lorsque tu vivais encore au manoir de ton père, tu n'avais pas à te préoccuper de trouver du sang : Sergei et ta belle-mère s'arrangeaient pour s'en fournir pour que tu puisses calmer ta soif le plus rapidement possible. Néanmoins, en rejoignant Sainte-Catherine, tu as refusé que l'on t'y livre ces fioles. Ton objectif en entrant dans cette école a toujours été d'aider au rapprochement entre les Magiciens et les Sorciers. Or, pour cela, il te faut des alliés. Tu ne voulais donc pas prendre le risque d'effrayer de possibles camarades en buvant des fioles de sang. C'est pourquoi Benjamin Leroy t'a proposé de chasser les Gnomes du domaine. Une solution que tu as trouvé intéressante dans un premier temps, mais que tu regrettes désormais d'avoir accepter. Il aurait été bien plus facile – et sécurisé – d'avoir des flasques de sang à volonté afin d'étouffer le poussin dans l'oeuf à chaque manifestation de ta Malédiction …

Voilà quelques jours que tu songes à rencontrer le directeur afin de lui faire part de ta demande. Quitte à devoir cacher les flasques dans tes affaires ou même descendre les chercher à un endroit précis, ce sera toujours mieux que devoir chasser. D'autant plus que tes petites sorties nocturnes te prennent du temps et influent énormément sur ton cycle de sommeil. Jamais de ta vie tu n'as été si fatigué que depuis ton entrée à l'école. Plus que jamais, il est temps de trouver une solution plus efficace. Bien sûr, l'idée d'aider Sainte-Catherine en traquant ses nuisibles t'a charmé dans un premier temps – le sang prélevé à sa source est toujours meilleur – mais entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Tu pensais pouvoir vider les Gobelins de leur sang sans état d'âme, mais c'était bien mal te connaître. Tu es incapable de le tuer, grand sensible que tu es. Résultat ? La population de Gobelins ne réduit pas mais ton cycle de sommeil, si. Et cela affecte ton attention en cours, ce qui pourrait mettre ton année en péril. Or, tu n'as pas quitté la Transylvanie pour essuyer un échec scolaire en France ! Plus que jamais, il est temps que ça change. Mais encore faut-il que tu aies le courage de rencontrer monsieur Leroy afin de lui en parler …

Ta couardise te met dans de beaux draps. Tu es à genoux au milieu de la forêt, incapable de faire un geste, tremblant de douleur. Et Knife ne trouve rien pour calmer ta soif. Tu as fait tellement de bruit en arrivant dans les bois que tous ses habitants sont allés se cacher. Ton familier repère bien des Licornes ou des Aurissons, mais tu refuses de t'attaquer à ces créatures pacifistes. Alors la minuscule chauve-souris ne te les propose même pas, focalisant ses recherches sur un lapin ou un oiseau. Mais rien à faire, le familier ne trouve rien, si ce n'est quelques insectes qu'il prend d'ailleurs un malin plaisir à gober, vicieux comme il est. Il n'a pourtant pas besoin de manger, mais il faut croire qu'il s'amuse plus qu'il ne se restaure. Heureusement, cette fois, il se passe de commentaire. Combien de fois s'est-il targué de dévorer une nuée de mouches alors que toi tu attendais qu'il te repère un Gobelin ? La cruauté de ton familier n'a vraiment aucune limite, parfois. Néanmoins, Knife est sensible à tes émotions et sait très bien que, ce soir, il est hors de question de blaguer. C'est pourquoi il sillonne les alentours avec tant d'ardeur.

« Toujours rien ? »
« A part une famille d'Aurissons, je ne trouve rien à porter. En plus tu es trop faible pour courir. »
« J'ai tellement mal Knife … Aide-moi, par pitié. »

Paniqué, le familier fait demi-tour afin de revenir auprès de toi. Il te retrouve à moitié allongé sur le sol, tes mains portées à ta gorge, tellement souffrant qu'il sentirait presque une drôle de sensation lui picoter les ailes. Serais-tu en train de mourir ? C'est le gage des Sorciers, après tout. De trépasser face aux effets cruels des Malédictions. C'est arrivé au père de Dimitri et à de nombreux autres Sorciers que tu connaissais. Est-ce finalement ton tour ? Ce serait mentir de dire que tu n'as jamais songé à ton trépas. Depuis le jour où ta Malédiction s'est déclarée, tu es certain que ce sera elle qui te fera passer l'arme à gauche. Mais tu ne pensais pas que ça arriverait si tôt. Tu espères seulement que ce sera un professeur qui te trouvera, et pas un élève. Bien que le choc d'un cadavre soit difficile à encaisser qu'importe l'âge, un adulte saura toujours mieux réagir. Knife, impuissant, vient alors frotter son pelage brun contre ton visage. Au moins, tu ne seras pas tout seul pour ton ultime voyage. La douleur étant de plus en plus forte, tu fermes les yeux, pressant davantage ta gorge. Malgré tout, tu t'accroches en espérant que ça passe, que tout s'arrange comme par miracle. La mort, au final, apparaît comme la meilleure des solutions. Tout compte fait, elle ne te fait pas peur. Tu es même prêt à l'accueillir comme la plus précieuse des amies.

Dis-moi comment t'aider...

La main sur ton épaule et la voix résonnant dans tes oreilles t'invitent à rouvrir les yeux. Tu aperçois alors une lueur diffuse, semblant provenir du propriétaire de cette voix. La vision troublée par tes larmes, tu mets quelques instants à reconnaître Sangha Jani, garde-chasse et professeur d'éthologie et de zoologie. Un cours facultatif que tu as rejoint il y a peu, poussé par ton envie d'en apprendre davantage sur les créatures peuplant le monde magique. De ce que tu sais, Sangha est un Sorcier au même titre que toi. Il connaît donc le poids des Malédiction et la souffrance qu'elles sèment sur leur sillage. S'il y a bien quelqu'n capable de l'aider, c'est lui. Néanmoins … comment ? Si Knife n'a rien pu trouver, le professeur n'en sera pas plus capable. Et tu refuses catégoriquement de boire de son sang. Depuis le jour où tu as agressé la servante de ton manoir, tu refuses de boire du sang humain, même lorsqu'on te le propose en totale connaissance de cause. Tu ignores si tu es capable de te retenir lorsque tu bois du sang humain – qui est bien meilleur que le sang animal – alors tu refuses de prendre le moindre risque. Ainsi, plutôt que répondre, tu puises dans tes dernières forces pour mettre le plus de distance possible entre toi et l'adulte. Résultat ? Tu parviens à peine à basculer en arrière.

N-Ne vous approchez pas ! Je suis dangereux …

La tentation est pourtant tellement forte. Plonger tes crocs pointus dans sa nuque, voire même dans son bras, serait si facile. Il y a peu de chance qu'il connaisse l'origine de ta Malédiction. Le prendre par surprise te permettrait de te restaurer efficacement et rapidement. Mais il est hors de question que tu agresses un professeur – et qui que ce soit d'autre, d'ailleurs. Tu préfères encore te laisser mourir. Ce n'est cependant pas l'avis de Knife : si tu meurs, il disparaîtra aussi. Or, il refuse de mourir si jeune – ça ne fait même pas encore un an qu'il existe en tant que tel ! Ainsi s'élève-t-il au niveau du visage du professeur afin qu'il le remarque. Il est tellement minuscule que la plupart des personnes ne le voient même pas. Le souci de s'être transformé en oreillard et pas en roussette – ce qu'il regrette quasiment tous les jours … sauf quand il peut se rouler dans le fond d'une poche bien confortable. Bref, ce type, c'est votre unique chance de survie et Knife en est parfaitement conscient. Ainsi ouvre-t-il son champ de discussion au garde-chasse, afin que ce dernier puisse entendre tout ce qu'il a à lui dire.

« Il faut lui donner du sang, et vite ! C'est sa Malédiction. S'il n'en boit pas vite, il va mourir. »

Knife panique-t-il plus pour sa propre survie ou pour la tienne ? Difficile de le savoir ...



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 7 Fév - 11:14
Où il est question
de mourir

Gabriel
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Comment dire ? Il existe les malchanceux. Ceux qui parient pile et qui tombent toujours sur face. Qui misent tout sur le un, le deux, le trois, le quatre et le cinq, et qui perdent toujours tout sur un six. Qui n'arrivent même pas à sortir leurs petits chevaux de leur écurie. Qui n'arrivent pas à toucher la cible avec leurs fléchettes. Et puis il y a moi. Celui qui reçoit la pièce dans l'œil en la lançant. Qui fait tomber le dé dans la bouche d’égout. Qui avale un petit chevaux sans que personne ne puisse expliquer comment. Qui vise toujours la cible mais qui plante sa fléchette dans le type baraqué accoudé au comptoir, trois mètres sur la gauche.

C'était une histoire de karma, ou quelque chose comme ça. A croire qu'une entité supérieure et indiscernable dictait ma vie, prenant un malin plaisir à faire de moi un pantin à ennuis, écrivant les péripéties de mon quotidien aussi facilement qu'une note sur une feuille blanche. C'était affreusement vexant. Ce furent toutes les choses qui me traversèrent l'esprit en voyant le regard changé de l'adolescent et son soudain recul, tel un animal apeuré. Changé oui, car je pus reconnaître le garçon, sa chevelure blonde et son visage fin. Un élève que j'accueille depuis peu. Discret, intelligent et très calme. Était-ce un masque qu'il s'imposait pour cacher cette nature bestiale ? Non, c'était idiot. Nous ne sommes pas ce que nos malédictions font de nous. Une victime n'est pas ce qu'elle est au moment où on la roue de coups. Elle est ce qu'elle est tous les autres jours de sa vie.

Même si une victime traditionnelle ne risque pas de vous bouffer tout cru.

« N-Ne vous approchez pas ! Je suis dangereux … » me mit la puce à l'oreille. Mais c'est au moment où une chauve-souris – un peu ridicule de par sa taille – me pria aimablement de « […] lui donner du sang, et vite ! C'est sa Malédiction. S'il n'en boit pas vite, il va mourir. » que je saisis toute l'importance de la malchance qui rythmait mon trépidant quotidien. L'aventure, c'était bien. Mais parfois, il en devenait lassant de donner de sa personne. Donner son sang à un vampire, mettre la main dans la bouche d'une licorne pour lui faire vomir l'herbe toxique qu'elle venait d'avaler, offrir ses vêtements aux gobelins pour ne pas être molesté et rentrer nu à travers le parc de l'école. Promettre le mariage à une sirène pour qu'elle nous rende le poisson que j'allais attraper.

En tous les cas, c'était attendrissant de voir un familier si attaché au bien-être de son sorcier. Cela m'évoquait le crécelle de Line, lors de notre première rencontre. Ils en avaient de la chance, toutes ces personnes qui partageaient un lien fort avec leurs compagnons. Moi je n'avais qu'Oscar, qui était à ce moment en train de courir en cercle autour de nous en agitant ses ailes pour traduire toute l'urgence de la situation.

J'aurais presque pu lever les yeux au ciel en soupirant. Me faire vider de mon sang par un élève... Après tout, je n'étais qu'à moitié surpris. Mais le moment n'était pas à la plaisanterie. Je perdais déjà un temps précieux à laisser mon esprit flâner dans des souvenirs et des réflexions sur mon étrange manière de vivre. Heureusement, penser est rapide. Il ne me fallut qu'une seconde après la réflexion du familier rigolo pour agir.

Le plus drôle, c'est que je n'hésitai pas le moins du monde. C'était un risque. Ça allait piquer un peu. Je pouvais même en mourir. Maintenant ou un peu plus tard. Mais ma vie pour celle d'un élève innocent. Jamais le doute ne m'aurait empêché de choisir.

Soulevant ma manche, je pointai ma baguette en direction de mon poignet, un sourire crispé sur le visage – parce que quand même, je n'aimais pas trop avoir mal.

Tu as de la chance, tu as droit à du 100% bio...

Une entaille profonde me fit serrer des dents lorsqu'elle traversa mon poignet dans sa largeur. Bordel, c'est que ça picotait vraiment !

… mais vas-y avec modération : j'ai bu deux bières, ce soir.

Si je devais mourir, au moins mes dernières paroles auront été à l'image de mon existence : une putain de blague.

Je tendis le bras vers le garçon dont le nom ne me revenait toujours pas. C'était lui Daniel ? ou Archibald ? En tout cas, ce n'était pas Cyrus. Lui, je l'avais bien imprimé avec sa manie de vouloir prendre ma place. Peut-être Dimitri ou Léo... Enfin, un des élèves de l'école quoi. Ce n'était vraiment pas le moment de s'y attarder. Et c'était potentiellement inutile de le savoir, là où j'allais finir.

Je le regardais avec insistance, une pleine confiance dans les yeux... mais ma main libre crispée sur ma baguette tout de même, histoire de lui envoyer une petite décharge si jamais il allait trop loin, et que j'en étais capable. Aucune envie de mourir en chaussettes.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Ven 16 Fév - 16:48

Don't feed the fear
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Le souffle saccadé, les yeux pleins de larmes brûlantes, tu sens la moindre parcelle de ton corps hurler à l'agonie. Tu as beau déglutir du mieux que tu le peux, ta gorge reste douloureusement sèche et ardente. Chaque seconde est un nouveau supplice, un autre grain de sable qui s'arrache violemment à ses pairs pour rejoindre l'autre côté du sablier. Jamais tu n'as autant souffert auparavant. Jamais la Mort ne t'a ouvert si grand les bras. Tu as presque l'impression de sentir sa tunique ébène caresser tes joues, enveloppée ton corps dans sa douceur mortelle, fatale. Tu es prêt à lui faire confiance, à lui prendre la main et la laisser t'emmener où elle le désire. Tu es même plutôt content qu'elle vienne te chercher, qu'elle mêle ses longs doigts osseux aux tiens et qu'elle te guide à travers les limbes. Tout seul, tu ne te sens pas capable de vivre cette épreuve.  Bien sûr, elle te presse un peu – elle n'a pas toute la journée. Elle n'est pas méchante, elle ne fait que son travail. Pourtant, tu traînes la patte, tu ne te presses pas. Tu papillonnes même des yeux, comme luttant contre le sommeil – à la différence que tu risques de ne jamais te réveiller de cette sieste.

Au dessus de toi, tu n'entends même plus Knife qui s'agite. Ses petites ailes battent à toute vitesse et pour peu, il ressemblerait à un colibri … avec des oreilles immenses et un nez écrasé, certes, mais à un colibri quand même. Si tu te sens prêt à mourir, ce n'est pas son cas. Il le ressent, au plus profond de lui, que tu es en train de perdre pied, de quitter ce monde. Et ce n'est pas du tout pour lui plaire. Alors il n'hésite pas un seul instant à réclamer l'aide de l'adulte. Il se fiche bien que tu le vides de son sang, tant que vous survivez tous les deux. C'est un professeur, c'est son rôle de prendre soin de toi qu'importe les dangers qu'il encourt. Il fallait lire les petites lignes en bas du contrat avant de le signer, c'est le B.A-BA. L'adulte semble résolu à arranger la situation, et Knife s'en réjouit – même s'il doit lutter contre son envie profonde de taillader lui-même son bras. Ils n'ont pas le temps de faire ça dans les règles de l'art : un petit sort et on en parle plus. Un homme possède en moyenne cinq à six litres de sang : il peut bien accorder quelques petites gorgées à un élève dans le besoin.

Au bout de secondes interminables aux yeux de Knife, une entaille vient enfin trancher la peau du professeur. Le sang commence aussitôt à couler, glissant le long de son bras tel un coulis de framboise sur un cheese-cake. Si tu ne le vois pas, tu le sens aussitôt. Tes lèvres commencent alors à trembler, comme l'intégralité de ton corps. Tel un requin, tu es attiré par cette odeur délicieuse et répugnante à la fois. Pourtant, tu ne bouges pas d'un iota. Le peu d'humanité que tu conserves refuse toujours de boire du sang humain et tu t'accroches farouchement à cette conviction. Malgré toi, tu te revois planter tes crocs dans la nuque de la servante et la vider entièrement de son sang, fauchant sa vie à une vitesse monstrueuse. Tu te souviens de ta peur, de ton incompréhension, de cette chaleur répugnante dans ta bouche, dans ton estomac. Tu te rappelles des regards de ta famille, à la fois terrorisés et compatissants. Plus jamais tu ne veux revivre ça. Plus jamais tu ne veux voler la vie de quiconque. Tu préfères, de loin, abandonner la tienne.

« Foutez-lui votre bras dans la bouche qu'on en finisse ! »

Vocifère Knife, cédant finalement à la panique. Complètement affolé, il vient attraper tes cheveux de ses pattes ridicules, dans l'espoir vain de te tirer jusqu'à ce repas offert sur un plateau d'argent. Cela n'a bien sûr pour effet que de t'arracher deux ou trois cheveux et la chauve-souris, au bord de la crise de nerf, ne sait plus quoi faire. C'est alors que tu fermes les yeux que tu sens une pression sur ta bouche, que tu ouvres par réflexe. Aussitôt, tu sens contre ta langue et tes dents la peau ensanglantée du professeur – et à partir de là, tu ne réponds plus de rien. Tes crocs pointus se referment instinctivement sur la chair offerte alors que ta langue glisse avec gourmandise sur le sang déjà offert. Ta gorge s'apaise aussitôt et toute la douleur irradiant ton corps s’évanouit. Cependant, tu n'es plus vraiment maître de toi-même et, tandis que tu te redresses, tu attrapes son bras à deux mains pour lui couper toute chance de retraite. Tu n'as pas bu de sang humain depuis tellement longtemps que tu as l'impression de remettre la main sur ta friandise préférée. Et tu n'es pas décidé à t'en passer.

« Gab, arrête tu vas le tuer ! Arrête ! »

Si la voix de Knife résonne dans tes oreilles, tu n'en as cure. Tu avais oublié cette sensation, ce véritable régale qu'est le sang humain prélevé directement à sa source. Tu n'as même plus soif et pourtant, tu as envie d'en boire encore et encore.

Une étincelle magique vient cependant frapper ta nuque et, sous la surprise, tu relâches le bras de ton professeur. Tu sembles reprendre tes esprits, l'espace d'un instant. Le pourpre a quitté tes yeux et tu te sens à nouveau en pleine possession de tes moyens … jusqu'à ce que tu vois le poignet tailladé et croqué de Sangha. Ainsi que le soulagement mêlé à un reste de panique dans l'expression de Knife - c'est sûrement lui, d'ailleurs, qui a lancé ce petit éclair. Et alors, tu comprends.

Un hoquet secoue tes épaules tandis que tu passes ta main sur ta bouche, réalisant avec horreur le sang que tu y récoltes. Tu lèves vers l'adulte un regard mêlant peur, honte et tristesse. Tes yeux n'ont pas le temps de se sécher de tes premières larmes qu'ils se gonflent déjà d'une nouvelle cargaison.

Oh non ...

Tu recules, mettant le maximum de distance possible entre Sangha et toi. Mais c'est trop tard : le mal est déjà fait. Et c'est entièrement de ta faute.



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 21 Fév - 10:24
Où il est question
d'anémie

Gabriel
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Aïe. Aïe. Aïe. Aïe. Aïe. Aïe. Voilà qui résumait peu ou prou les pensées qui traversèrent mon esprit durant les secondes suivantes. Mais essayons de décortiquer cela. Parce qu'il fallait bien quelque chose à en dire, de cette agonie.

Aïe. J'avais la mâchoire crispée, solide comme un étau d'acier, à attendre la morsure fatidique. Oh ! Des morsures, j'en avais connues. Des petites, d'aurissons hargneux ou de fumards joueurs, aux plaies béantes laissées par un cerbère enragé ou un élève hyperactif. Mais elles étaient rarement volontaires. Bien qu'une famille complète d'aurissons se jetant sur moi pour protéger leur nid tandis que j'urinais juste à côté, je prenais l'entière responsabilité de cette faute. Heureusement, la plus jeune portée n'était pas décédée noyée dans l'étreinte chaude et malodorante de ma propre honte. Je leur avais construit un nouveau nid, plus grand et plus confortable, pour me faire pardonner. Ils n'ont jamais eu l'occasion de s'y installer, car il fut envahi par une bande de Creuse-tout rebelles. Des hooligans des sous-sols. Mais en cette étrange nuit, ce n'était pas le pincement de quelques dents minuscules que j'allais ressentir. Ç'allait être bestial et aussi peu ragoûtant qu'une mise à bas de Licorne. J'avais vu plusieurs illustrations d'actes vampiriques et plusieurs m'avaient fait tourner de l'œil.

Aïe. Voilà que je me fais engueuler par un petit plecotus ridiculus. Ma fierté en prend un coup, et mon statut de professeur aussi. Cela ne m'étonnait guère. J'avais des difficultés à me montrer autrement que comme le type maladroit qui a toujours une anecdote à raconter et dont la faculté de concentration est aussi absente que son instinct de survie. Une des raisons qui pouvait expliquer pourquoi je pensais à beaucoup trop de choses sans rapport tandis que je me préparais à me faire dévorer vivant. Enfin pour être plus précis, à me faire sucer. Mais une voix intérieure me recommandait de ne pas utiliser ce terme. Je devais reconnaître, cependant, que la dévotion de ce familier envers son sorcier était admirable, au même titre que l'oiseau et sa jolie infirmière. Je commençais à être proprement jaloux des relations que tout le monde pouvait entretenir avec son familier ici. Et le fait que la minuscule chauve-souris soit prête à sacrifier ma vie sans aucune hésitation ni aucun état d'âme pour sauver l'élève était à deux doigts de me tirer une larme émue.

Foutez-lui votre bras dans la bouche qu'on en finisse !

Bon d'accord.

Aïe. Aïe. Aïe. Nom d'un petit bonhomme – car j'utilisais ce genre d'expressions –, qu'est-ce que ça pouvait faire mal ! J'avais la bouche ouverte et le visage déformé par la douleur, et la surprise de cette douleur que j'avais sous-estimée. Je sens ma chair entaillée et mon poignet percé par sa soif. Je sens mon sang quitter mon corps. Comme une prise de sang. Comme une très grosse prise de sang. Non. Si quelqu'un vous dit que se faire boire son sang par un animal aux dents pointues c'était comme une grosse prise de sang, dites-lui de ma part d'aller se faire foutre. Bordel, qu'est-ce que j'ai mal ! Et quand j'ai mal, je deviens grossier, désolé ! Oscar n'est qu'une petite merde stupide et je ne méritais pas un familier aussi con !

Aïe ! Faites que ça s'arrête ! Bon d'accord, peut-être que je le méritais. Lui et toutes les conneries du monde qui peuvent me tomber sur le bout du nez. Mais je voulais une mort rapide. Et là je souffre. Et j'ai la tête qui tourne. Je me sens un peu faible. J'espère qu'il n'a pas son portable allumé sur lui, ou il risque de se prendre une bonne décharge. Je n'ai même pas la force de l'arrêter. De lever ma baguette et de lui envoyer un sortilège, type grosse patate dans la tronche.

Gab, arrête tu vas le tuer ! Arrête !
Perspicace ! grinçais-je difficilement entre mes dents serrées.

Et puis tout s'arrête.

Enfin non, pas la douleur. La douleur, elle, continue. Mais il n'y a plus aucune emprise sur moi. L'élève se retira sans que je sache pourquoi ou comment. Un éclair de lucidité ? Un goût électrique dans mon sang ? Je me vis espérer que ce n'était pas par dégoût, cela pouvait me vexer.

Le jeune homme, qui semblait avoir repris ses esprits, me lança un regard empli de terreur et de honte. J'avais, pour ma part, les paupières lourdes et l'esprit brumeux. Je lui souris pour lui dire que tout allait bien. Puis de m'écrouler en arrière, allongé par terre. Ce n'était pas confortable, mais j'y étais bien. Un fer chauffé à blanc continuait d’apposer ma marque au niveau de mon poignet, mais je n'étais plus suffisamment conscient pour y prêter attention. Cela étant dit, le sang qui persistait à s'écouler de la plaie allait devenir un problème très vite. Genre, me faire mourir.

Concentrant toutes les forces qui me restaient, je braquai ma baguette en direction de la blessure. J'avais vu Line le faire sur un loup. Curieux, j'avais étudié le sortilège. J'espérais ne pas m'être trompé.

Doucement, les plaies se fermèrent. De manière grossière. Ce n'était pas des cicatrices, mais ce n'était plus vraiment ouvert. Le sang ne coulait plus. C'était déjà ça. Je sentis néanmoins ma peau frisonner, mes poils se dresser. Une expression disait que parfois, il y avait de l'électricité dans l'air. Avec la fatigue et le sortilège, cela n'en devenait que plus vrai. Rien d'agressif. Plutôt un signal d'alerte.

Je restais allongé, la respiration puissante et rapide. Il fallait que je rassure le garçon. C'était mon devoir que de le protéger, le rassurer.

J'ai connu pire, soufflai-je d'une voix somnolente.
Comme la fois où vous...
Oui, celle-là.
Et le coup du...
Celui-là aussi.
Et le jour où vous avez...
On a compris, Oscar.

Je me redressai sur les coudes pour voir l'élève. Il n'avait pas le visage d'un tueur. D'ailleurs pour preuve, j'étais encore vivant. Mais il était terrifié. Je souris à nouveau, comme une tentative désespérée de lui redonner confiance. J'agitai les orteils pour me rendre compte du corps dont j'avais la sensation de m'échapper. Au moins, je n'avais pas fini ma vie en chaussettes dans la forêt. Enfin, pour l'instant.

C'était mon choix, finis-je par lui dire, sans le quitter des yeux. Si tu veux t'en prendre à quelqu'un, prends-en toi à moi. Mais ne t'approche pas trop pour le moment. Moi aussi je peux avoir des problèmes... relationnels.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Sam 3 Mar - 21:44

Don't feed the fear
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Tout autour de toi est confu, flou : comme les bribes d'un rêve que tu commences déjà à oublier. Bien qu'il te manque tes pièces, le puzzle n'est pas difficile à deviner. La réalité te frappe en plein visage, comme la gifle d'un père déçu par le comportement de son enfant. La peur et la honte se disputent la place sur ton visage, et c'est une grimace grotesque qui déforme tes traits fatigués. De nombreuses possibilités se présentent à toi : assumer les conséquences de tes actes, supplier le pardon, fuir comme un lâche. Étrangement, la dernière solution te semble la plus accessible. Tu n'as malheureusement jamais été quelqu'un de courageux – lorsque tu avais peur, enfant, tu te cachais sous tes draps en espérant que tout ne soit qu'un vilain rêve. Tu aimerais que ce soit le cas, actuellement. Tu aimerais te réveiller dans ton lit, haletant, terrifié, mais rassuré par la barrière entre le rêve et la réalité. Il t'aurait fallu quelques minutes – heures ? - pour te reprendre, mais tout aurait fini par se dissiper, comme la brume dans les champs avant le lever du soleil. Mais tu as beau te pincer la peau de tes ongles sales, tu ne te réveilles pas. Tu n'es pas aux prises d'un songe terrible : tu vis un véritable cauchemar éveillé.

Fébrile, tu sens tes jambes trembler comme les branches d'un arbre les jours de grands vents. Pour la fuite, c'est loupé. Toute chaleur ayant quitté ton corps, tu as soudain très froid et tu te mets à claquer des dents. Tu es parti tellement précipitamment de la Tour des Centaures que tu as oublié d'enfiler ta veste. Le froid transperce le tissu fin de ta chemise pour te grignoter la peau à coup de crocs glacials. Face à toi, le professeur tente tant bien que mal de refermer les plaies de son bras. Tu aimerais l'aider, mais tu es incapable de faire le moindre geste. Ta culpabilité enfle tandis que Sangha abaisse enfin sa baguette, allongé au sol, visiblement vidé de ses forces. Vous n'en menez pas large, autant l'un que l'autre. Et pendant un instant, tu te demandes même si vous n'allez pas mourir tous les deux, cette nuit. Tes paupières sont lourdes, tu te sais prêt à sombrer à n'importe quel instant. Ce sont cependant les voix de Sangha et de son familier qui te maintiennent éveillé. Tu ne comprends pas toujours ce qu'ils disent, mais les simples sons qu'ils créaient suffisent à repousser le sommeil de tes yeux, à retarder l'échéance.

Le professeur se redresse finalement, encore faible mais bien vivant. Il te sourit, il veut te rassurer. Pendant une demi-seconde, tu as l'impression de revoir ton père, le jour où ta malédiction s'est déclarée. Tu ne comprenais pas ce qu'il t'arrivait, tu étais terrifié et lui te souriait doucement, chassant de son mieux la terreur secouant tes épaules. Ce souvenir mêlé à l'instant présent a un effet bénéfique sur toi, car tes tremblements s'amenuisent petit à petit. Knife vient alors se poser tout doucement sur ta tête et la chaleur de son corps ridicule se répand aussitôt dans l'intégralité de ton organisme – sûrement use-t-il d'un sort pour te protéger du froid. Tu te rappelles alors de sa panique, de ses efforts pour t'aider à survivre. Tu ignores s'il a agit pour ton bien ou pour le sien, tu ne sais même pas si tu dois lui être reconnaissant de tout ça … mais tu dois bien avouer que la sensation de son poids ridicule sur le haut de ton crâne est un véritable soulagement, un lien tangible avec la réalité qui est bien plus rassurant que tu ne l'aurais imaginé.

C'était mon choix. Si tu veux t'en prendre à quelqu'un, prends-en toi à moi. Mais ne t'approche pas trop pour le moment. Moi aussi je peux avoir des problèmes... relationnels.

Tu baisses les yeux, honteux. C'était peut-être son choix, mais tu n'en demeures pas moins responsable. Certes, tu ne peux rien faire contre ta Malédiction, mais si tu avais choisi une solution plus efficace que la chasse en forêt, rien de tout cela se serait passé. Si tu comptes bien rencontrer le directeur au plus vite pour améliorer ta situation, tu ne peux pas considérer la blessure de ton professeur comme un simple dommage collatéral. Tu es directement responsable de son mal et il te faudrait en assumer les pleines conséquences. Même si cela t'effraie, tu n'as pas vraiment le choix. Désemparé, tu ne bouges pas d'un iota, obéissant au conseil de son professeur. A-t-il peur d'activer sa malédiction ? Le sort qu'il a utilisé pour se soigner est-il si puissant ? Tu déglutis : tu n'as pas vraiment envie de provoquer davantage de malheur. Tu en as eu assez pour la nuit. Le sommeil revenant toquer à tes paupières, tu te décides enfin à ouvrir la bouche de nouveau :

J-Je suis tellement désolé. Que puis-je faire … ?

Tu ne trembles presque plus à présent et tu es quasiment certain de pouvoir te lever sans problème. Bien sûr, tu n'es pas non plus en état de courir le marathon mais tu es un peu plus maître de ton corps. Tu ignores si c'est le cas de ton professeur, cependant. Et bien que tu te sentes mieux, tu ne pourras jamais le soulever ou même l'aider à se relever sans vous mettre en danger tous les deux. Dans une autre situation, cette scène aurait tout pour être cocasse. Tu n'es cependant pas d'humeur à rigoler et tout ce que tu désires, c'est te reposer tranquillement au coin d'un feu, histoire de te remettre de toutes ces émotions. Tu ne dirais pas non à un bon petit somme également mais tu doutes parvenir à t'endormir paisiblement après tous ces événements. D'autant plus que vous n'êtes pas encore sorti d'affaire – tu n'es même pas certain de pouvoir quitter cette forêt avant le petit matin. Et tu doutes que Knife ou le familier de Sangha puissent être d'une grande aide – sauf s'ils partent en éclaireur chercher de l'aide … perspective qui t'effraie bien plus qu'elle ne te rassure. Tu ne tiens pas vraiment à ce que tout le monde connaisse l'horreur de ta malédiction … et ce qu'elle réserve à ses malheureuses victimes.

Nous ne pouvons pas rester ici … n'est-ce pas ?

Ta voix est chevrotante. La forêt ne t'a jamais paru aussi dangereuse que ce soir. Pourtant, tu ne comptes plus les nuits que tu as passé à fureter entre les arbres à la recherche de sang pour étancher ta soif. Les hululements des chouettes ont quelque chose de sinistre et tu sursautes au moindre craquement de feuilles. Ton imagination s'emballe, et ce n'est pas pour imaginer des scenarii rassurants !



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Ven 9 Mar - 15:09
Où il est question
de délire

Gabriel
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J-Je suis tellement désolé.

Cette fatigue qui m'écrasait au sol me rendait bougon. Bougon, oui ! Je n'avais ni la force ni l'envie de supporter ce genre de jérémiades. Si c'était pour avoir un million d'excuses, ce n'était pas nécessaire. Les excuses ne changeaient rien à la situation. Elles n'aidaient pas à se relever, ni à avancer. J'aimais bien les mots pourtant. Ils étaient, à mon sens, une arme particulièrement redoutable, un réconfort plus chaleureux qu'un chocolat chaud, et une aide d'une utilité sans faille. Il fallait simplement savoir les choisir. Le bon mot au bon moment. Et là, on n'était vraiment pas dans un moment à mots d'excuses. Autant faire une déclaration d'amour autour d'une soupe à l'oignon !

Malgré tout, je compatissais. Et je comprenais ce pauvre adolescent perdu. Rien ne devait être plus haïssable à son cœur que sa propre existence. Je connaissais ce sentiment. Et si j'en avais le pouvoir, les moyens... j'allais tout faire pour l'aider. L'aider à accepter. L'aider à vivre, plutôt qu'à supporter.

Que puis-je faire … ?

Me porter dans tes bras pour me conduire dans mon si moelleux canapé. Mais ce n'était pas une option envisageable, je le craignais. J'allais devoir fournir des efforts physiques supplémentaires, alors même que me tenir simplement sur les coudes me demandait une concentration colossale. J'avais l'impression d'être retourné à ce jour où, lorsque je présentai une cage pleine de bébés salamandres de feu endormis à une classe de petits enfants, une élève fit tomber son doudou au milieu de la cage. J'avais du faire appel à toute ma concentration, ma finesse et ma dextérité pour glisser le bras au milieu des reptiles sans les réveiller. Vingt-sept secondes plus tard, j'étais en train de me rouler par terre tandis que mon manteau avait commencé à s'embraser par la manche. Le doudou, néanmoins, avait regagné sain et sauf sa liberté. Une piètre réussite, mais une réussite quand même. Et bien que cette histoire n'ait rien à voir avec la situation actuelle, et que je m'interrogeais sur la manière dont j'avais fait le lien entre les deux, pourquoi ne pourrait-on pas assister à une nouvelle réussite ? Une nouvelle piètre réussite peut-être, mais tant que je regagnais mon chez moi, je me fichais de la manière honteuse dont je pouvais y parvenir.

Le garçon semblait recouvrer ses forces – encore heureux avec tout ce qu'il m'avait pompé comme hémoglobine, j'aurais fait un scandale si ça n'avait pas été plus utile que cela – mais moi pas. Et je continuais à sentir l'air autour de moi grésiller, comme prêt à exploser. Si quiconque me touchait, c'était l'électrocution assuré. Je rampai alors jusqu'à la flaque d'eau la plus proche et y plongeai les mains dans un crépitement inquiétant. Étant un élément conducteur extrêmement sensible, je déchargeai le trop plein d'accumulation en moi par ce contact. C'était une manière comme une autre d'assurer la sauvegarde de tout le monde. C'était aussi l'une des raisons pour lesquelles – bien que personne n'y ait jamais prêté attention – je me lavais si régulièrement les mains. Et pourquoi celles-ci étaient si douces. Mais cela non plus, personne n'y a jamais prêté la moindre attention.

Il semblait paniquer. Encore. Il fallait dire que la forêt la nuit, ce n'était pas donné à tout le monde. Heureusement, nous ne nous étions guère aventurés loin dans ces bois. Le chemin du retour allait être court et plus ou moins sûr. Pas que je le connaissais, mais j'espérais qu'Oscar si. Ce qui, si vous êtes un peu familier avec la bestiole, montrait mon degré aigu de détresse ; pour oser laisser mon sort entre ses ailes trop courtes, maladroites et reliées au cerveau le moins compétent de la planète.

Tu peux m'aider, maintenant, soufflai-je en m'extirpant péniblement de la flaque boueuse dans laquelle j'avais plongé les bras. Parce que je croyais y avoir mis seulement les mains, mais la fatigue et l'absence d'une certaine quantité de sang dans mon corps me faisaient perdre les notions des distances.

Nous ne pouvons pas rester ici … n'est-ce pas ?

Je ne comprenais pas le rapport entre sa remarque et le fait de m'aider. Mais peut-être que souffler des mots, ce n'était pas suffisant pour se faire entendre de quelqu'un qui se trouvait à deux ou trois mètres de moi. Donc je lui pardonnais.

Au prix d'un effort surhumain et d'un grognement digne de l'ours le plus viril des environs, je me relevai, chancelai un peu et essayai de porter un regard confiant et assuré à l'élève.

Je vais nous ramener chez moi, et on y arrivera en un seul morceau, ne t'en fais pas. Enfin plus ou moins, parce que moi je crois que j'ai déjà perdu des morceaux. Mais comme c'est toi qui les as, c'est comme si j'étais en un seul morceau tant que tu restes vers moi, non. Donc pour le moment, je ne t'ai pas encore vraiment menti. Et par chance, je connais le chemin. Oscar ? On doit aller par où ?

Je me mis à marcher, et Oscar passa devant moi discrètement pour me montrer le chemin à prendre, un peu plus sur la droite. Puis carrément à droite en fait, pas du tout là où je me dirigeais. La transition fut d'une subtilité indétectable.

Comment tu sais ?
Nous sommes arrivés par là quand vous vous êtes approché du garçon.
Et comment tu sais ?
Parce qu'ensuite vous vous êtes tournés d'un quart de tour pour lui parler, puis un demi-tour complet pour lui faire boire votre sang, puis vous vous êtes gigoté dans ce sens, celui-là, puis par-là pendant que vous pleuriez et gémissiez. Vous vous êtes allongé dans ce sens-là puis avez lamentablement pataugé dans une flaque de boue dans ce sens-là. Donc, on venait de là.

Pendant qu'il parlait, il agitait ses ailes dans tous les sens pour indiquer les directions mentionnées. J'avais lâché au second geste. Je le regardais, les yeux vides d'incompréhension et de stupeur. Je croyais qu'il était con. Mais peut-être pas tant que ça.

Et regardez ! J'ai une maison minuscule !

Il pointait un champignon du doigt. Je soupirai et me mis en marche.

Tu peux peut-être m'aider à marcher, Gabriel ?

Car n'étant pas totalement un sac, je connaissais les élèves les plus marquants de l'école. Et Gabriel était l'un d'eux, lui et son autorisation spéciale du directeur pour se promener la nuit hors de l'école. En tant que garde-chasse et premier squatteur de la pelouse du domaine, j'étais évidemment informé de cette directive. Pas de punition pour celui-là. Pas comme les autres aventuriers en herbe qui se prenaient pour l'équipe de bras cassés partis chercher King Kong dans la jungle.

Ça va, toi ? On va aller chez moi, se poser au chaud et boire un thé. Ou une bière, tiens. Tu préfères quoi ? T'as peut-être pas le droit de boire une bière ? Et puis t'as peut-être pas soif, je suis en train de penser. Je parle beaucoup ? Je me rends pas compte, je crois que l'anémie commence à me faire délirer. C'est moi ou c'est un dragon là-bas ? Non je déconne, c'est juste un buisson, ne t'en fais pas. Faudrait peut-être que j'aille voir à l'infirmerie, non ? C'est qui déjà, l'infirmière ? Ah oui, non pas l'infirmerie. On va pas embêter Line avec ça. Bon alors juste du thé. Hein ? Ouais... juste du thé.

Je sentais mon corps devenir de plus en plus lourd. Il fallait que je m'assois si je ne voulais pas mourir ici dans mon propre caca verbal. En espérant qu'Oscar ne se trompait pas de chemin.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Dim 25 Mar - 19:45

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Malgré la douleur lancinante broyant ton crâne, ton état s'améliore de minute en minute. Le sang que tu as avalé te rend des forces au fur et à mesure qu'il voyage dans ton corps. Il n'y a pas à dire, l’hémoglobine humaine est vraiment le plus efficace. Ce n'est pas du sang de mouton ou de gnome qui t'aurait requinquer si rapidement. Cependant, cette réalisation te répugne plus qu'elle ne t'étonne. Tu as encore le goût du sang de Sangha dans la bouche et ça te donne des nausées. Tu n'as jamais apprécié cette saveur métallique sur ta langue, qu'importe sa provenance. Tu ne dirais pas non à un bain de bouche ou simplement à un grand verre d'eau pour te débarrasser de ce goût horrible mais malheureusement, ce n'est pas le moment – même si jamais une flaque de boue ne t'a paru si délicieuse avant aujourd'hui. Entre la terre mouillée et le sang, tu as vite choisi. Cependant, tu ne bouges pas d'un iota, d'autant plus que Sangha vient de se traîner jusqu'à cette fameuse flaque pour y tremper ses mains … et l'intégralité de ses bras. Tu ne sais pas vraiment ce qu'il est en train de faire mais tu te passes de tout commentaire. Il ne patauge pas dans la boue sans aucune raison … du moins, c'est ce que tu espères.

Finalement, le professeur parvient à se relever. Il semble aussi confiant sur ses jambes qu'un bébé gnou à la naissance mais au moins, il est debout. Tu doutes simplement qu'il soit réellement en état de marcher. Tu ignores quelle quantité de sang tu lui as volé, mais visiblement trop pour qu'il puisse le supporter. D'ailleurs, tu as du mal à suivre le fil de ses paroles. Tout ce que tu as comprit, c'est qu'il compte vous ramener chez lui. L'histoire de morceau, par contre … tu as arrêté de suivre à la troisième phrase. Tandis que tu te lèves péniblement, ignorant tant que tu le peux ton mal de crâne, tu dévisages avec curiosité le familier du professeur qui agite ses ailes dans tous les sens. Tu ne comprends évidemment rien de leur échange silencieux et ce n'est pas le champignon que le manchot pointe soudain de son aile pointue qui va t'aider à comprendre la situation. Secouant la tête pour effacer toutes tes questions qui demeureront sans réponse, tu t'approches de Sangha sans vraiment t'étonner du fait qu'il connaisse ton prénom. Il est sûrement au courant de ta permission spéciale. Tous les professeurs le sont, en théorie.

Offrant ton épaule à l'adulte – ignorant si cela lui sera vraiment d'une grande aide – tu te mets en marche en espérant que ce ne sera pas trop long. Certes, tu te sens un peu mieux depuis que tu as bu mais tu n'es pas non plus dans une forme olympique. D'autant plus que ta migraine ne semble pas décidé à te laisser tranquille. Ce ne sont d'ailleurs pas les babillages incompréhensibles de ton professeur qui arrangent ton mal. Cependant, tu te vois mal lui demander de se taire après tout ce qui vient de se passer. L'anémie doit le faire délirer, ce n'est pas possible autrement. Sangha n'est certes pas le professeur le plus stricte de l'école mais … tu n'as pas souvenir d'un homme si … étrange. Pour ne pas dire complètement bizarre, en fait. Le sentant faiblir, tu le guides jusqu'à la souche d'un arbre et le laisse s'y asseoir. Si ses jambes cèdent sous lui, tu ne seras pas capable de le soutenir. Tu observes alors les arbres autour de toi. Tu ne te souviens même plus du chemin que tu as emprunté pour arriver jusqu'ici et pourtant … tu es certain que tu n'es pas passé par ici. C'est alors que Knife apparaît devant tes yeux, te faisant sursauter.

« Il nous emmène où le pingouin ? Ce n'est pas le bon chemin ! »

La petite chauve souris s'élève plus haut dans les airs encore, allant percer la canopée pour vérifier leur position réelle. Il revient quelques instants plus tard, ses ailes battant plus vite encore que celles d'une libellule.

« Il faudrait continuer à gauche ensuite, sinon nous nous dirigeons droit vers le château. »

Tu déglutis. Le château, c'est bien le dernier endroit où tu veux mettre les pieds pour le moment. La plupart des élèves sont certes censés dormir, mais tu connais les prédispositions de certains à veiller jusqu'à pas d'heure. Te tournant vers Sangha, tu te grattes la nuque, un peu gêné. Tu ne veux pas remettre en doute le sens de l'orientation du manchot mais Knife connaît les environs comme personne : il a l'avantage de survoler le domaine quasiment chaque nuit depuis la rentrée. Tandis que ton familier reprend place sur ta tête, tu t'adresses à Sangha :

Euh … Nous devrions nous diriger vers l'ouest sinon nous arriverons au pied de l'école. Mon familier a vérifié la direction. Sans vouloir remettre la mémoire du vôtre en question …

Knife te tire une mèche de cheveux. Il ne supporte pas ton incapacité à dire les choses sans te sentir gêné. Mais ce n'est pas comme si tu le faisais exprès. C'est dans ton caractère et tu as bien du mal à changer. Bref, ce n'est pas le sujet. Il serait peut-être bien de repartir si vous voulez arriver chez Sangha avant le lever du soleil. Tu ignores quelle heure il peut bien être, d'ailleurs. Tu as l'impression que cela fait une éternité que tu es dans la forêt – en vérité, ça ne fait même pas deux heures et minuit n'a pas encore sonné. Toi aussi, tu commences légèrement à délirer.

Vous vous sentez de repartir, monsieur … ?

Ta voix est hasardeuse et pleine de culpabilité. S'il est dans cet état, c'est entièrement de ta faute. Cela te gêne donc de lui poser cette question, car tu n'as aucunement envie de le brusquer. Cela dit, vous savez très bien qu'il est plus prudent de rentrer au plus vite afin que vous reposer, car vous en avez besoin autant l'un que l'autre.

Néanmoins, il faut encore décider de quel chemin prendre. Celui de la chauve-souris ou celui du manchot ?



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Jeu 29 Mar - 10:34
Où il est question
de soupir

Gabriel
Strogoï

Tout mon esprit n'était occupé que par la vision messianique de mon canapé. J'avançais dans le seul but de le rejoindre. Il était ma finalité. Mon objectif de vie. Ou du moins, mon objectif de soirée. Je voulais m'y allonger et sentir la douceur des coussins caresser mon visage avec affection. Il m'enlacerait dans son rembourrage et déposerait sur mon corps tremblotant une couverture de laine. Enfin, c'était Gabriel qui allait s'en charger, pas le canapé. Un jour, j'avais eu l'idée de le rendre vivant par un sort, mais l'essai se révéla infructueux. Puis je me rendis compte que c'était une très mauvaise idée. Si le mobilier commençait à avoir une conscience, le monde se transformerait en bain de sang. Qui ne se vengera de millénaires d'usages quotidiens sans le moindre remerciement ? Le pire, ce sont les portes. On passe notre temps à les utiliser, mais jamais pour elles-mêmes, toujours pour ce qu'il y a derrière. Ça doit être vexant.

Euh … Nous devrions nous diriger vers l'ouest sinon nous arriverons au pied de l'école.

Je jetai un regard en coin à Oscar, qui ouvrait fièrement la marche. Étrangement, je n'avais pas besoin de plus de justification. Malgré le peu de connaissance que nous avions l'un de l'autre, je faisais plus confiance aux propos de Gabriel qu'à l'assurance d'Oscar. Pourtant, l'élève se sentait de se justifier.

Mon familier a vérifié la direction.

Puis de porter mon regard d'un familier à un autre. Bien qu'il ne soit pas aisé, vous l'admettrez, de trouver une chauve-souris plus petite que la paume de ma main lorsqu'elle volette au milieu des arbres, en pleine nuit. Mais elle était là, sûrement à se la raconter. Avec des ailes, Oscar aussi pouvait retrouver le bon chemin. Pourquoi je le défendais ? Et puis, à qui je pouvais faire croire ça ? Même avec ces nouvelles choses là, les jépésses, qui t'indiquent la route à suivre, Oscar se perdrait.

Sans vouloir remettre la mémoire du vôtre en question …

Je pouffai en laissant un peu de mon poids s'écraser sur le soutien incertain que m'offrait l'adolescent. Il pouvait bien remettre en question la mémoire, l'intelligence et même la simple utilité de l'existence de cette créature, je n'en avais rien à cirer. Il fallait dire que je n'étais pas en état de m'en offusquer. Et que même si j'étais en état, je ne le ferais pas.

Mes jambes flageolaient comme celles d'un licorneau tout juste tombé du ventre – pour rester correct – de sa mère. J'étais en sueur alors que je mourrais de froid. Je faisais peut-être une poussée de fièvre. C'était mon sang qui s'activait à faire travailler mon corps pour éjecter le mal qu'il pressentait en moi. Sauf qu'il n'y avait aucun mal. Et pas de sang non plus. Du coup, le résultat était pathétique. Je respirais fort, comme après cette course à pied hebdomadaire que je me jure d'entamer depuis plus de cinq ans.

Vous vous sentez de repartir, monsieur … ?

Pas du tout. Lâche-moi, que je tombe à terre et que j'y dorme. Je voudrais ne jamais t'avoir rencontré. J'aurais préféré retrouver ton cadavre demain matin plutôt que de te sauver ce soir. Pourquoi je disais ça ? Ce n'était pas vrai du tout. Je crois que je délirais de plus en plus. La prochaine fois, je ferais mieux de lui offrir le sang de Sasha Rhodes. Au moins, ce serait bénéfique à tout le monde.

Malgré tout le contraire que je pouvais en penser, je répondis par l'affirmative en levant le pouce, un sourire confiant sur le visage.

Pas par là, Oscar.
Mais je...
Pas par là.

Il laissa sa tête tomber vers le sol et ses épaules – ça a des épaules, ces bestioles ? – s'affaissèrent sous le poids de la déception. J'eus presque de la compassion pour lui. Si j'étais en état. Et encore. Il nous suivit en traînant des pattes et en râlant dans sa barbe dans ma tête. Et nous, nous suivions la chauve-souris.

A bout de force, chaque seconde me contraignait à laisser un peu plus de poids retomber sur Gabriel. Mes pieds suivaient difficilement le rythme et mes yeux roulaient dans leurs orbites comme si j'allais défaillir à tout moment. D'ailleurs, j'étais plutôt convaincu de pouvoir défaillir à tout moment. Peut-être même que j'ai vraiment défailli, à un moment.

Puis enfin, entre les feuillages, une lueur attira mon attention. C'était celle d'une fenêtre éclairée. La lumière vacillait, comme celle de bougies. Je souris. On y était ! Je pouvais reconnaître le carreau, la lumière et la pierre qui commençait à se dévoiler tout autour, même à cinquante mètres. C'était une chance que...

T'as pas éteint les lumières avant de partir ?

Oscar s'intéressait à un caillou qu'il s'amuser à taper de la patte, la tête basse. Il fit mine de ne pas m'écouter.

Mais put... Ah non, pas devant un élève ! T'es vraiment un gros c... Non, on se retient ! Imagine que la baraque prenne feu, espèce de... On respire et on choisir bien ses mots. Tu vaux pas mieux qu'un pingouin.

Il me dévisagea de ses petits yeux ronds, outré par l'insulte. Un manchot, même en tant que créature magique dont il n'avait que l'apparence, avait sa fierté de manchot. Et la fierté d'un manchot, c'était avant tout de ne pas être un pingouin.

Dépêchez-vous. Dans les films, c'est à ce moment d'espoir et de délivrance que le héros blessé rend son dernier soupir.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 11 Avr - 13:26

Don't feed the fear
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S'il y a bien quelque chose que tu ne peux pas reprocher à Knife, c'est qu'il ne parle jamais pour rien dire. Partisan du moindre effort, il est bien plus prompt à dormir qu'à faire quoi que ce soit d'autre. Ainsi, lorsqu'il se manifeste, c'est toujours pour une bonne raison. En voyant que le manchot vous guidait dans la mauvaise direction, il n'a pas hésité une seule seconde à intervenir. Dans une autre situation, il n'aurait même pas prit la peine d'ouvrir les yeux. En fait, la chauve-souris est d'un égoïsme sans pareil. S'il te guide la nuit pour que tu te nourrisses, c'est bien parce que sa vie dépend de la tienne. Le reste du temps, il se contente de roupiller. Parfois, tu envies les relations de confiance et d'amitié entre tes camarades avec leur familier. Mais tu relativises : au moins, il ne cause aucun ennui et ne te mets jamais dans l'embarras. Tu as bien trop souvent été témoin de scènes gênantes entre un élève et sa créature magique. D'ailleurs, le professeur Jani et le manchot en sont un bon exemple. Certes, Oscar agit avec toute la bonne volonté du monde mais … si son sens de l'orientation est si désuet, il ne fallait pas proposer son aide. Un peu plus et vous alliez atterrir au pied du château, sous les regards curieux des élèves encore éveillés. Vu votre état, ça aurait été bien cocasse.

Vous reprenez donc la route, suivant Knife plutôt que Oscar. Le manchot marche la tête basse, déçu. Mais tu n'as pas l'occasion de t'attendrir : plus les secondes passent et plus le professeur pèse lourd sur toi. Certes, tu es dans une bien meilleure forme que lui mais tu n'as jamais brillé par ta force colossale. Heureusement, trimballer des piles de livres à droite à gauche dans la bibliothèque a légèrement développé tes muscles sinon tu l'aurais déjà laissé tomber. Tu ne pourras cependant pas le soutenir comme ça pendant des heures. Si vous ne sortez pas vite d'ici, tu vas devoir toi-même réclamer une pause. C'est alors une lueur apparaît au milieu des feuillages. Le visage du professeur s’éclaircit aussitôt : il n'y a plus aucun doute, ils sont presque arrivés ! Encore quelques mètres et ils pourront se reposer dans de bonnes conditions : entre quatre murs et, surtout, au chaud. Tu aperçois bientôt un mur de pierre et tu te retiens pour ne pas accélérer la cadence. Si tu vas trop vite, tu as peur que le professeur ne parvienne plus à suivre et que vous vous cassiez la figure. Ce qui serait bien bête, si prêt du but.

S'en suit un nouveau dialogue étrange entre Sangha et Oscar, que tu tentes d'ignorer du mieux que tu le peux. Le professeur fait des efforts pour éviter les injures mais tu les entends comme s'il les prononçait. Tu te concentres uniquement sur la maisonnette qui apparaît au fur et à mesure que vous avancez. Sangha a beau rabrouer Oscar pour sa négligence, il faut tout de même avouer que la lumière est bienvenue. Certes, ce n'est pas prudent de laisser une bougie brûler sans surveillance mais l'important, c'est qu'ils arrivent finalement à bon port et qu'aucun incendie n'a réduit la maison en cendres. Malgré tes jambes qui tremblent, vous vous rapprochez de plus en plus. Plus que quelques mètres. Vous y êtes presque. Sangha a beau vouloir détendre l'atmosphère avec une petite blague de son cru – à moins qu'il ne soit sincère et risque vraiment de rendre l'âme dans tes bras?!- tu ne prends même pas la peine de relever. Tu as l'impression que le simple fait de parler va évaporer le peu de force qu'il te reste. Ainsi, tu préfères les préserver pour franchir les derniers mètres qui vous sépare de la maisonnette de pierres. Jamais vingt mètres ne t'ont paru si long de toute ta vie.

Enfin, vous arrivez devant la porte. D'une main tremblante, tu empoignes la poignée et te hâte de tirer Sangha dans sa maison. C'est la toute première fois que tu y mets les pieds mais tu ne prends pas le temps d'admirer la décoration. Eclairé par la bougie, tu repères le canapé et laisse finalement le professeur s'échouer sur la banquette. Toi-même tu tombes lourdement sur les fesses, le souffle court et les membres tremblants. Tu aimerais te laisser aller contre les coussins mais c'est impossible. Sangha est en pleine anémie et tu ne peux pas le laisser dans cet état. Tu n'es pas médecin mais tu connais quelques petites astuces pour la combattre. Tu te hâtes ainsi de rejoindre la cuisine, voyant dans les placards en faisant taire ta culpabilité. Tu détestes mettre ton nez dans les affaires des autres mais la situation l'exige. Ce que tu cherches ? Des aliments possédants du fer. Tu ne comptes pas lui cuire un steak mais s'il a du chocolat quelque part, ce serait déjà très bien. D'ailleurs, tu mets la main sur une tablette déjà entamée. Parfait, ce sera déjà bien !

Tu reviens donc auprès du professeur, déballant le chocolat pour en casser une barre que tu lui tends. Ça te rappelle d'ailleurs une scène dans un roman très populaire chez les humains, bien que dans ce cas, c'est le professeur qui donne du chocolat à un élève et pas le contraire. Impossible cependant de te rappeler le nom du personnage principal. Tu rappelles simplement qu'il commence par un H. Henri peut-être ?

Vous … vous avez froid ? Soif ? Tu te sens dépassé par tout ça mais tu fais de ton mieux pour ne pas perdre la face. Je … je peux emprunter votre salle de bain ?

Jamais tu n'as autant eu envie de te débarbouiller la figure auparavant. Tu dois avoir la bouche maculée de sang. Un maquillage digne d'un mauvais film d'horreur !



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Sam 21 Avr - 9:51
Où il est question
de chemise

Gabriel
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L'humour est primordial dans le quotidien. Il maintient le moral, il aide à affronter les difficultés. Il fait briller encore un peu plus le soleil. Quand on est mourant, après avoir offert trop de sang à un vampire par exemple, l'humour n'est pas que primordial. Il est vital. C'était le dernier espoir auquel me rattacher. La petite loupiote qu'on agitait devant mes yeux si j'étais en train de faire un malaise. D'ailleurs, est-ce que je n'allais pas en faire un ? La seule différence c'est qu'il n'y avait pas de loupiote. Et que je l'agitais moi-même. Et que ça se passait dans ma tête. Oublions cette histoire de loupiote. Loupiote en plus, c'est plutôt moche comme mot. Le fait est que, lorsque je m'efforce de faire une blague, j'aime à ce qu'on y réponde. Par un rire, pourquoi pas ? Était-ce trop demandé que d'avoir un semblant de soupir amusé, ou un gloussement ? Pour Gabriel le ténébreux vampire... oui.

Tout ça pour dire qu'il n'avait pas réagi à ma remarque, et que je me renfrognai face à un tel silence, et une telle absence de second degré. Pauvre garçon.

La fin de notre voyage. Je n''étais plus grand-chose d'autre qu'une pierre pendant à l'épaule de l'épaule. Même mes pas se faisaient incertains, je me contentais surtout de laisser mes pieds traîner dans la terre humidifiée par la nuit. Mes chaussettes étaient foutues. Quand avais-je perdu mes chaussures déjà ? J'espère pouvoir les retrouver. Je ne serais pas parti en expédition sans bottes aux pieds, je ne suis pas si négligeant quand même ! Mais mon esprit embrumé par la fatigue et toutes les carences que subissaient mon corps m'empêchaient d'avoir accès à mes souvenirs. Comme si j'étais face à la porte pour y accéder, mais que j'étais allongé par terre après avoir rampé sur plusieurs kilomètres. Je tendais le bras vers la poignée mais elle était trop loin. Alors je restais là à essayer de voir mes souvenirs sous le jour de la porte. Efficacité minimale.

Je commençais à fermer des yeux et à m'échapper dans un monde constitué de coton, de coussins moelleux et de paires de bottes qu'on n'oublie pas de mettre, lorsqu'une odeur familière m'éveilla. Un hameçon du monde réel m'avait attrapé et tiré vers lui. Cette odeur de feu de bois, qui s'achève dans les narines par un léger trait de cannelle – résultat d'un procédé magique inexplicable s'étant produit à cause d'un sortilège visant à ramoner le conduit de cheminée – et cette chaleur aussi agréable et réconfortante que la sensation d'un bain chaud lorsqu'on s'y abandonne d'épuisement – ce qui cette fois-ci, n'est qu'une image, rien de magique là-dedans.

Et voilà le malaise. Je sentais mon corps tout entier chuter dans les abîmes. A moins que...

Je me laissai tomber comme un poids mort sur mon merveilleux, mon doux, mon tendre canapé. Mon visage vint rencontrer, un peu violemment mais pas assez pour me faire réagir, la mollesse des coussins. Parce que j'étais tombé en avant. Je restai là à sentir une fois, deux fois, ce parfum enivrant de confort, avant de commencer à avoir beaucoup de mal à respirer.

Hmmmhmm hmm hmm hmmm hmmm hm ! prononçai-je quand même avant de me tourner. Et de respirer mon chez-moi, de toucher mon chez-moi, d'entendre mon chez-moi, de vivre mon chez-moi. Impossible d'en partir, j'aimais bien trop cet endroit. Le malaise attendrait.

Gabriel revint vers moi et je frissonnai aux bruits d'aluminium et de craquements à mon oreille. Il me tendit un morceau du chocolat super cher que j'avais fait venir de Suisse – à côté mais quand même ! – pour l'offrir à Line. Je le mangeais comme on pouvait dévorer à contre-cœur son premier-né dans une tribu cannibale aux rites barbares. Même si la comparaison n'était pas la meilleure. C'était drôle, mais la scène que nous vivions me faisait penser à la scène d'un roman très populaire chez les humains, sauf que dans ce cas-là, c'est des types assis sur un banc. Ah non, c'était un film. Et il était tout seul, le gars. Et il disait des trucs vachement profonds sur le chocolat, du style : « La vie c'est comme une boîte de chocolat, quand on en mange trop après on a mal au ventre ».

Vous … vous avez froid ? Soif ?

Je levai un pouce en l'air pour lui faire comprendre que tout allait bien maintenant. Même s'il ne riait pas aux blagues et qu'il utilisait les chocolats-cadeaux des gens. J'étais bizarrement attaché à ce gamin. Il me faisait de la peine. Et je crois que je voyais un peu trop le jeune adolescent paumé que j'étais en lui. Celui qui ne pensait pas mériter de vivre, qui avait peur des autres parce qu'il avait peur de lui-même. Celui dont la phobie ne se trouvait pas réellement quelque part dans le monde, mais simplement à travers un miroir. Sauf s'il était un vrai vampire, parce que dans ce cas-là le miroir était une mauvaise métaphore. Ce qui n'a jamais expliqué d'ailleurs comment certains vampires célèbres pouvaient rester aussi bien coiffés ou maquillés.

Je … je peux emprunter votre salle de bain ?
Fais comme chez toi, répondis-je du tac au tac d'une voix faiblarde. Oscar, montre-lui. Et file-lui ma chemise. Mais non mais pas celle que je porte là... Des vêtements propres, Oscar. File-lui des vêtements propres...

Je me serais énervé si j'en avais eu la force, mais je ne l'avais pas.

Je me retrouvai seul. Le calme. Plénitude absolue. Dommage pour ce sang qui me manquait, sinon je me sentirais vraiment bien. L'ambiance était idéale. Et si je cherchais un moyen pour me booster un peu ? Un sortilège ? J'étais trop faible pour en utiliser un sans risquer de tuer Oscar et Gabriel. Enfin Gabriel et Oscar. L'élève passait avant le familier, bien sûr... Bien sûr.

Une potion, c'était la meilleure solution. Une potion revitalisante. Dommage que cette meilleure solution incluait de devoir me lever et de me concentrer pour éviter d'exploser avec ma cabane en ratant le mélange de produits dangereux. Je tirai ma baguette et fis venir un livre de ma bibliothèque à moi. Des fourmillements au bout des doigts m'indiquèrent que c'était bien le dernier petit sortilège que je pouvais me permettre de lancer. S'il venait à m'effleurer, le vampire se prendrait un bon petit coup de jus, digne de ces barrières qui retiennent les chevaux.

Je feuilletai l'ouvrage d'un œil absent, les paupières lourdes, pour finir par trouver une potion adéquate. Le genre de potion très simple à préparer qui donne temporairement un peu d'énergie. Le temps de m'occuper de cet élève à la situation délicate. Je ne pouvais pas l'abandonner comme ça. C'était mon rôle que de soutenir les malheureux. Et lui, le malheur ne paraissait être qu'une douce facette de son quotidien.

Je laissai le livre ouvert sur la table basse. C'était lui qui allait s'en occuper. Par contre... Oscar n'était toujours pas revenu. J'espérai qu'il n'était pas resté dans la salle de bain, à regarder de ses petits yeux vides de toute intelligence un élève en train de se laver. Ça lui arrivait, quand il pensait avoir la responsabilité de veiller sur quelqu'un, son cerveau lui dictait donc de ne pas le lâcher des yeux. Pas du tout du tout. Étrange expérience pour quiconque venait emprunter la salle d'eau ou les toilettes par chez moi.

Par contre, maintenant qu'il m'avait posé la question... c'est vrai que j'avais soif.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Mer 2 Mai - 10:49

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Disons-le, Sangha a parfaitement raison concernant un point : l'humour et toi, ça fait cent cinquante sept. Tu n'es pas réceptif du tout à la moindre plaisanterie, aux petites blagues bon enfant. Pas que tu n'aies pas le moindre sens de l'humour mais … mais si, c'est parfaitement ça en vérité. Tu es tout simplement incapable de faire la différence entre une boutade et une affirmation. Certains dirons que ta vie est bien triste mais tu ne vois pas les choses comme cela. Chez les Strogoi, l'humour n'est pas ce qui rythme le quotidien. Sergei, ton père, est un homme sérieux, stricte, dur : et c'est dans le même moule qu'il a forgé ses fils. Si tu n'as pas autant subit son influence que tes frères aînés, tu as cependant hérité de sa neutralité à toute épreuve. Ainsi, l'humour rebondit sur toi comme la pluie sur les carreaux d'une vitre. Cela ne signifie pas pour autant qu'une situation drôle te laisse de marbre mais ce n'est pas toi que l'on entendra rire à gorge déployée après la blague graveleuse d'un camarade de classe.

De toute façon, la situation actuelle est bien trop stressante pour toi pour te laisser aller à rire aux blagues de Sangha. De toute façon, tu n'as même pas comprit que ça en était une. Ton cœur battant à tout rompre dans ta poitrine, tu es cependant rassuré de voir que le professeur accepte de manger le chocolat. L'important est qu'il comble ce manque de fer. Au moins un tout petit peu. Cependant, tu ne peux faire guère plus que lui demander ce dont il a besoin. Le professeur se contente cependant de te présenter un pouce en l'air et tu comprends le message. Sûrement souhaite-t-il seulement dormir, désormais. Tu as cependant l'audace de demander à emprunter sa salle de bain. Si son état empire et que tu dois aller demander de l'aide au château, il est plus prudent que tu sois un minimum présentable. Histoire de ne pas effrayer tout le monde avec ta figure digne d'un zombie de vieux nanar.

Après une nouvelle démonstration d'intelligence de la part d'Oscar, tu quittes le salon à sa suite et entre dans la pièce qu'il te désigne de sa petite aile pointue. Tu ne prends pas le temps d'admirer la décoration : tu te jettes plutôt sur l'évier et allume aussitôt l'eau afin de t'asperger le visage. Dans le siphon de l'évier, tu vois partir un liquide mélangeant marron et rouge, une vision dont tu te serais bien passé. Faisant de ton mieux pour ne pas perdre la face, tu fermes l'eau et t'apprêtes à sortir lorsque le manchot se présente devant toi avec un petit tas de vêtements. Le message est on ne peut plus clair. Tu vas donc pour fermer la porte mais le familier reste planté dans l'encadrement. Tu as beau savoir qu'il ne ressent aucune douleur, tu t'imagines mal lui fermer la porte au bec. Cependant, tu ne veux pas non plus qu'il reste planté devant toi tandis que tu te laves. C'est finalement Knife qui sort d'où tu ne sais où et le pousse de la force de ses ridicules ailes dans le couloir afin que tu puisses fermer la porte.

Désormais seul, tu sens un poids terrible s'abattre sur tes épaules. Tu as mordu un professeur. Tu as beau savoir que Sangha a présenté son bras en pleine connaissance de cause, tu ne peux empêcher la culpabilité de te prendre à la gorge. Quelles vont-être les répercussions ? Le professeur va-t-il en parler en directeur ? Vas-tu être renvoyé à cause du danger que tu représentes ? Les mains tremblantes, tu enlèves tes vêtements et entre dans la cabine de douche en réprimant difficilement tes larmes. Pleurer ne servira à rien, si ce n'est augmenter ton mal de tête. Alors tu te fais violence et refuse de céder aux sanglots. Tu te contentes ainsi de te laver rapidement, effaçant la terre sur tes mains et le sang sur ta bouche. Une fois propre, tu te sèches et enfile les vêtements que le professeur te prête si gracieusement. Ils te vont un peu trop grand, mais tu ne vas pas t'en plaindre. Quant à ton sale linge, tu le roules en boule informe et le prend sous ton bras. Tu trouveras peut-être un sac dans la cuisine du professeur.

Lorsque tu reviens dans le salon, tu trouves Sangha toujours à la même place. La seule différente notable est le livre ouvert sur sa table basse. En bon rat de bibliothèque, tu reconnais aussitôt l'ouvrage : c'est un manuel de potion niveau Phénix. Tu as déjà eu l'occasion de le lire dans la Tour du Lycan. Cette discipline n'est pas au programme des Pégases mais comme un rien est susceptible de t'intéresser, tu as plus d'une fois lu quelques traités sur les potions et leurs effets. Sangha compte-t-il en préparer une ? Tu doutes bien qu'il soit en état de faire quelque chose comme ça. Certes, les potions sont en général pas bien compliquées mais elles requiert de la concentration. Ce qu'un homme en pleine anémie ne doit pas forcément avoir. Peut-être Sangha compte-t-il reléguer cette tâche à Oscar ? Étrangement, tu fais difficilement confiance au manchot pour ce genre de chose. Ou alors, il a un talent caché pour les potions que tu ignores … ce dont tu doutes fortement. Alors, quoi ? A moins que …

Vous comptez préparer quelque chose ? Oses-tu finalement après avoir mit ton linge sale dans un petit sac en plastique vide. Je peux … ?

Tu désignes le livre du doigt avant de le tirer un petit peu vers toi afin de lire la recette. Ce n'est vraiment rien de compliqué mais tu n'as jamais manipulé la moindre potion auparavant, alors tu ne sais pas à trop à quoi t'attendre. Car oui, tu es presque persuadé que cela va être à toi de préparer ça. Et tu t'imagines bien mal refuser cette requête après ce que Sangha a fait pour toi. Cependant avant de commencer quoi que ce soit, tu préfères t'assurer que ton impression est bonne. Tu n'as pas vraiment envie d'avoir l'air ridicule – Sangha en a bien assez vu pour aujourd'hui.

Vous … Vous attendez de moi que je la prépare ?

Autant mettre directement les deux pieds dans le plat, au moins tu feras fixé. Ce n'est pas le moment de tourner autour du pot comme tu as bien trop l'habitude de le faire.



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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Sam 5 Mai - 11:46
Où il est question
de survivre

Gabriel
Strogoï

Je n'avais plus aucune notion du temps. Quand l'élève revint, j'avais cru le voir disparaître à peine quelques secondes. Et en même temps, je me sentais aussi lourd que si je l'avais attendu plusieurs heures. J'aurais voulu dire plusieurs jours mais n'exagérons rien, mon état est suffisamment lamentable pour que je n'ai pas à en ajouter des couches. Je commençais à perdre pied dans notre réalité, et étais plongé dans un univers parallèle, celui où tout est mou. Mon canapé me paraissait mou, ma table basse aussi, et le livre sur lequel j'avais les yeux posés semblait dégouliner comme les montres sur ce tableau de Dalida.

Heureusement, j'avais prévu de ne rien faire. Et Gabriel allait très vite le comprendre. Malgré ma fierté mise à mal par le sauvetage d'un élève, qui plus est l'élève à cause de qui je me retrouvais dans cet état, et le peu de confiance que j'accordais à un Pégase – ou Faune, je ne savais plus – pour préparer une potion, j'avais conscience que cette option était toujours plus responsable et réfléchie que celle de m'en occuper moi-même. Et même si j'avais oublié sa classe – et le temps qu'il s'éclipse dans la salle de bain, son visage – je savais que ce garçon était un peu plus malin que la moyenne. Si l'on considère la moyenne comme était une moyenne raisonnable, et non une moyenne purement subjective qui me pousserait à la penser très en dessous de la moyenne raisonnable. Enfin bref, il était plutôt doué.

Vous comptez préparer quelque chose ?

Je grognai comme pour acquiescer. Arrête de me poser des questions, je n'ai pas la force de répondre. Sauf si je répondais à Oscar qui transmettrait. Ce qui était pratique, même dans la vie de tous les jours, pour communiquer sans s'essouffler.

Je peux … ?
Hmpfff, dit le méchant ogre. Le méchant ogre, c'est moi, qui d'un vague mouvement de main lui dit « fais, fais ». Mais les grognements étaient tels que je me voyais moi-même comme un vilain monstre endormi au fin fond de sa caverne. Et je n'aimais pas cela.

Je n'aimais pas cela du tout. Gabriel était un garçon plein de peine et de désespoir, et je craignais que mon comportement du moindre effort ne lui fasse imaginer un quelconque grief à son encontre. Ce qui n'était pas le cas, bien que mon poignet puisse me picoter super fort. Je partageais au contraire sa souffrance et je désirais l'aider. Sauf qu'on n'aide malheureusement pas un handicapé à monter des escaliers quand on n'a qu'une seule jambe. Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Vous … Vous attendez de moi que je la prépare ?

Même si je l'ai fait dans ma tête, je t'ai demandé d'arrêter de poser des questions. Je soupirai et me redressai avec toute la difficulté du monde, comme si j'étais le loup du Petit Chaperon Rouge, se levant après avoir eu le ventre rempli de pierres. Ce qui peut-être, aurait été préférable à cette ponction sanguine.

Je tenais assis, mais tanguais légèrement. Cela rappela à mon souvenir un lendemain d'une soirée un peu trop arrosée. C'était avec Line, qui a bien plus le sens de l'humour que Gabriel, et avec une chaise posée au milieu de la pièce. Je n'avais plus de table, à ce moment-là.

J'attends rien du tout, dis-je lentement, comme si les mots avaient du mal à se libérer de ma gorge. Je te demande de l'aide. Ou tu peux considérer ça comme une punition, pour avoir mordu un professeur, ajoutai-je sur le ton de la plaisanterie avec une petite tape sur l'épaule.

Qu'on puisse le croire ou non, ce n'était pas la première fois que je punissais un élève pour avoir mordu un professeur. Enfin, pour m'avoir mordu moi. Le précédent avait cinq ans et le cours sur les dragons l'avait tant passionné qu'il s'y était un peu trop cru. Il voulait m'obliger à l'emmener voir un dragon, ce que j'ai poliment refusé. Alors il m'a mordu, un peu comme un dragon. Alors je l'ai mordu, un peu comme un gamin immature. Mais c'était marrant. Je n'avais pas l'intention de mordre Gabriel, pas d'inquiétude. Et je n'avais même pas l'intention de lui en tenir rigueur. C'était mon choix et je l'assumais pleinement. J'étais même heureux de m'être sacrifié. Ce gamin méritait qu'on porte avec lui un peu de son fardeau.

S'il te plaît... ajoutai-je pour lui montrer que ce n'était pas un ordre ou une punition – car je doutais de l'existence d'un quelconque second degré sous cette tignasse blonde – mais une demande sincère. Oscar va te faire un thé en attendant, si tu veux. Et toi, pendant que tu vas préparer cette potion, tu vas me parler. D'abord pour pas que je m'endorme et que je ne meure sur ce magnifique canapé, et ensuite parce que je pense que tu en as besoin, de parler. Tout ce qui se dit entre ces murs reste entre ces murs.

Je m'allongeai de sorte à pouvoir le regarder préparer la mixture en lui donnant, si besoin était, des indications. Allongé, le mal m'emportait si facilement que je dus déjà lutter pour ne pas sombrer dans un profond sommeil. Peut-être même un sommeil sans retour, qui sait ? Je me concentrais sur tout ce que je pouvais pour rester présent : chaque mouvement accaparait mon œil, chaque son faisait frémir mon oreille. Mais je ne savais pas si Gabriel allait se prêter au jeu.

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MessageSujet: Re: ▬ Don't feed the fear • Sangha Jeu 10 Mai - 17:12

Don't feed the fear
feat. San ♥️

Ce n'est peut-être pas le moment pour songer à ce genre de chose, mais à entendre Sangha grogner, tu ne peux que le comparer à ton père. Lorsque Strogoi père est énervé, il perd l'usage de sa langue et ne communique plus qu'avec des sons animaux, ce que tu as toujours trouvé très impoli et désagréable. Cela dit, il était toujours fort aisé de connaître l'humeur de ton père : s'il répondait par un grognement à ton bonjour, il fallait éviter de demeurer trop longtemps dans son sillage. Un moyen plutôt efficace de se débarrasser de toi sans même le vouloir. Tu as toujours été quelqu'un de couard, fuyant à la moindre petite menace, même sourde. Et si ton père ne t'a jamais maltraité, tu as malgré tout prit l'habitude de demeurer hors de sa vue lorsqu'il n'était pas d'humeur. Une sorte de moyen d'autodéfense si nous pouvons dire ça comme ça. Tu as toujours préféré être trop prudent, cela garanti bien plus ta sécurité qu'une quelconque témérité. De toute façon, le courage et toi, vous n'êtes pas bons copains. Il t'a laissé tomber à la naissance, jugeant sûrement qu'il y aurait trop de boulot pour t'accorder une once de son temps.

Bref, tout cela pour dire qu'en entendant les grognements de Sangha, tu t'es figé aussitôt, comme frappé du regard de Méduse. Le rapprochement avec l'attitude de ton père fait aussitôt son chemin dans sa tête et tu interprètes la réaction de ton professeur comme la représentation de sa colère. Il t'en veut donc tant que ça ? Bon, ce ne serait pas si étonnant après tout. Tu lui as tout de même volé une bonne quantité de sang. Et bien qu'il dise avoir agit en toute connaissance de cause, ça ne change strictement rien à la douleur qui doit irradier son bras ou à la fatigue qui pèse sur ses paupières. Tandis que la culpabilité resserre ses griffes autour de ta gorge, tu sers les dents pour ne pas te remettre à pleurer. C'est ridicule de réagir comme ça à ton âge, d'autant plus que cela ne changera rien. Tout ce qu'il te reste à faire, c'est d'aider Sangha en espérant que cela suffise pour te faire pardonner. Bien que, disons-le très franchement, tu en doutes très sincèrement.

Au prix de grands efforts, le professeur se redresse sur son canapé, afin de s'y asseoir. Il tangue tellement que tu t'attends à le voir retomber à tout moment. Tu as l'impression que son état empire de seconde en seconde. Et s'il venait à mourir ? Cette seule pensée te glace d'effroi. Tu ne veux pas être de nouveau responsable de la mort de qui que ce soit. Le plus prudent serait peut-être d'envoyer Knife ou Oscar chercher de l'aide au château. Line Loisel est sûrement plus à même de lui venir en aide que toi. Elle est infirmière après tout, elle sait sûrement comment gérer ce genre de situation. Parce qu'elles sont bien belles ces histoires de potion, mais est-ce vraiment ce dont il a besoin, un bon requinquant ? Une perfusion lui serait bien plus utile. Tu t'apprêtes d'ailleurs à faire la remarque à Sangha lorsque ce dernier prend la parole, te coupant l'herbe sous le pied.

J'attends rien du tout. Je te demande de l'aide. Ou tu peux considérer ça comme une punition, pour avoir mordu un professeur.

Son ton a beau être plaisantin, même la petite tape amicale sur ton épaule ne suffit pas à prendre cette remarque au deuxième degré. Tu mérites que l'on te punisse, et avec pire qu'une petite potion de rien du tout. L'exclusion t'apparaît comme la sentence la plus juste. Après tout, tu as prouvé cette nuit que tu représentes un véritable danger pour les autres. Si Knife ne t'avait pas arrêté, tu aurais pu vider Sangha de son sang sans même t'en rendre compte. Heureusement, quelque part, que c'est un professeur qui t'a trouvé et pas un autre élève. Les adultes sont bien plus conscients des soucis d'une Malédiction, et Sangha plus encore étant donné qu'il est également un Sorcier. Mais cela ne change pas grand chose, au final. S'il raconte ce qu'il s'est passé au directeur, il y a de grandes chances qu'il le renvoie chez lui par le premier train. Et le pire, c'est que tu l'aurais vraiment mérité.

S'il te plaît... Oscar va te faire un thé en attendant, si tu veux. Et toi, pendant que tu vas préparer cette potion, tu vas me parler. D'abord pour pas que je m'endorme et que je ne meure sur ce magnifique canapé, et ensuite parce que je pense que tu en as besoin, de parler. Tout ce qui se dit entre ces murs reste entre ces murs.

Le poids de la culpabilité te force à baisser la tête, fuyant le regard du professeur. Parler ? Tu en es incapable. Tu as bien trop honte pour cela. Avouer à haute voix qu'il n'est qu'un monstre, c'est prendre conscience de toute l'horreur de ta Malédiction. Et tu n'es pas encore prêt pour cela. Tu te voiles bêtement la face en te disant que tout finira bien par s'arranger, alors que tu n'en crois pas un seul mot. Mais ta famille comme toi, c'est ainsi que vous avez toujours réagit vis-à-vis de ta Malédiction. En la cachant, en évitant d'en parler. Comme un sujet tabou qu'il ne faut surtout pas évoquer. Une honte dont il ne faut pas parler. Cette servante que tu as assassiné lorsque ta Malédiction s'est déclenchée pour la toute première fois, personne n'en a reparlé depuis. Comme si cette pauvre femme n'avait jamais existé et que tout ceci n'avait jamais eu lieu. Tu n'as ainsi jamais vraiment parler de ta Malédiction à qui que ce soit. Il y a des gens qui en sont conscients, certes, mais ils ont comprit sans que tu n'aies à dire quoi que ce soit – ou bien, ils n'ont même pas cherché à savoir. Ce qui, souvent, te blesse plus que ça ne te rassure.

Sangha s'allonge de nouveau et pendant un court instant, tu as eu peur qu'il ne s'endorme aussitôt. Cependant, aux prix de grands efforts que tu devines sans peine, il garde les paupières obstinément ouverte. Une tasse de thé apparaît alors sous tes yeux et tu croises le regard vide d'Oscar, t'observant avec ce même air terrifiant que dans la salle de bain. La gorge serrée, tu le remercies mais ne prend pas la moindre gorgée. Tu as la désagréable sensation que tout ce que tu tenterais d'avaler ressortirait aussitôt. Tu te concentres plutôt sur le livre, oubliant l'idée d'aller chercher de l'aide au château. Visiblement, Sangha n'en a pas envie. Tes yeux parcourent ainsi la liste des ingrédients et la recette qui n'a vraiment rien de compliquer, même pour un néophyte comme toi. Cependant, il faut un certain matériel et tu ignores où trouver tout cela chez le professeur. Et ce n'est pas toi oserait fouiller chez lui, c'est hors de question. Tu te tournes donc plutôt vers Oscar : même s'il n'a pas l'air bien malin, il demeure en meilleure forme que son propriétaire et donc bien plus à même de t'aider.

Oscar sau-euh … savez-vous où je peux trouver les ingrédients et les outils nécessaires ?

Oui, tu viens vraiment de vouvoyer un familier. Mais que voulez-vous, on ne se ferait pas. En tout cas, tu espères qu'il t'apportera son concours, parce que tu ne connais pas assez cette maison pour savoir exactement où trouver quoi. Néanmoins, le temps que le pingouin se lance dans sa tâche – si tant est qu'il le fasse – il faut que tu maintiennes Sangha éveiller. Il t'a bien demandé de lui parler mais … que lui dire ? Inutile d'essayer de parler chiffon, tu es presque certain qu'il t'enverrait aussitôt valser. Ce qu'il attend de toi, c'est que tu te livres un peu. Que tu te délestes de ces poids qui pèsent bien trop lourds sur tes épaules. Que tu fasses face à la réalité et accepte enfin d'en avoir pleinement conscience. Tu ouvres la bouche, mais la referme aussitôt. C'est bien plus difficile à dire qu'à faire. Tu as l'impression que ta Malédiction va s'activer dès que tu ouvriras la bouche. La peur te prend aux tripes, tu as envie de vomir. Tu ne peux pas en parler. Tu en es incapable. La vérité est trop dure à avouer. Tu n'as pas assez de courage pour ça.

Je n'ai pas besoin d'en parler. Je sais très bien que … je suis un monstre.

Tes joues s'inondent de larmes avant que tu ne t'en rendes compte. Encore une fois, tu as été incapable de respecter tes propres engagements. Tu es vraiment minable.  



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